Nous autres, civilisations, savons maintenant que nous sommes mortelles." - Valéry - Citation - Source: La crise de l'esprit . Chercher Citations ; ThÚmes & mots-clés ; Auteurs ; Citation du jour ; Citation de Paul Valéry - Nous autres, civilisations, savons maintenant que Biographie - Paul Valéry: Ecrivain, poÚte et philosophe français. Naissance: 1871 - DécÚs
30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 0907 Civilisations, nous sommes mortelles ! Reste Ă  le » savoir comme le prĂ©cisait Paul ValĂ©ry dans VariĂ©tĂ©s Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » Et j'ose ajouter reste Ă  savoir si nous ne sommes pas dans la derniĂšre phase. Il n'est pas d’Ɠuvre humaine qui ne soit condamnĂ©e Ă  pĂ©rir. Cela va du moindre Ă©crit comme celui-ci Ă  la civilisation dans laquelle il s'insĂšre. Et les exemples ne manquent pas dans le monde. Celui qui aurait prĂ©dit au soir du 15 novembre 1532 que l'empire inca disparaĂźtrait sous les coups de douze Espagnols aurait risquĂ© sa vie. Le 16 au soir... On pourrait multiplier les exemples. Byzance, son empire et sa civilisation tombĂšrent en 1453 au milieu de querelles byzantines ». Vraie ou arrangĂ©e, nous est restĂ©e celle portant sur le sexe des anges ». Alors, la France de 2013 ? Comment ne pas ĂȘtre frappĂ© des similitudes internes avec les derniĂšres Ă©lucubrations de cette minoritĂ© de minoritĂ© et de ce gouvernement, dont on ne sait plus qui supporte l'autre, qui est la corde, qui est le pendu ? Comment ne pas ĂȘtre frappĂ© des similitudes externes au moment oĂč aujourd'hui, le mĂȘme gouvernement relance la question du droit de vote des Ă©trangers, alors qu'il subit et abandonne les zones de non-droit Ă  une nouvelle fĂ©odalitĂ© barbare ? Oui, les civilisations meurent. Elles meurent par la concomitance de fĂȘlures internes et externes qui en atteignent les Ɠuvres vives, maquillĂ©es par un hideux replĂątrage. Elles meurent Ă  cause des mannequins tonitruants aux pieds d'argile. Elles laissent des traces, et d'autres les remplacent. Elles meurent, soit parce qu'elles ont fait leur temps, soit parce qu'on n'a pas voulu traiter quand cela Ă©tait encore possible. Une civilisation Ă  visage humain Elisabeth KĂŒbler-Ross, dont les travaux font autoritĂ©, dĂ©gage cinq stades successifs lorsqu'un diagnostic fatal est annoncĂ© aux humains que nous sommes le dĂ©ni, la colĂšre, le marchandage, la dĂ©pression, l'acceptation. Reste Ă  savoir comment une sociĂ©tĂ© se comporte en la matiĂšre. Reste Ă  rĂ©flĂ©chir, peut-ĂȘtre Ă  agir. Agir, c'est avoir acceptĂ© d'entendre, c'est faire le bilan des possibles sans se masquer les impossibles, c'est, prendre l'une des voies ouvertes aprĂšs le stade d'acceptation laisser-aller, s'y diriger bravement, lĂ©guer pour que le tĂ©moignage perdure. Ici encore, les exemples historiques ne manquent pas, mais mieux vaut y rĂ©flĂ©chir que d'alourdir ce texte. Mieux vaut faire le bilan... sans nĂ©gliger l'espoir, mais sans s'y accrocher aveuglĂ©ment. Une conclusion provisoire C'est en ce sens qu'il faut comprendre les dĂ©parts, les envies de dĂ©part, ou au contraire les envies de rĂ©sistance, d'enracinement, les affirmations, parfois pĂ©tries de courage, parfois pures rodomontades. C'est en ce sens qu'il faut revoir les raisons que lancent haut et fort un Depardieu, les alibis financiers d'un Arnault et de tant d'autres intouchables. C'est en ce sens que nous continuerons. Published by Pierre-François GHISONI - dans LES PLONGEES DE L'ABSURDE
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Commenous vivons nous-mĂȘmes dans un monde en proie Ă  toutes les menaces et que, comme le disait si bien ValĂ©ry, "nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles Le deal Ă  ne pas rater Cartes PokĂ©mon sortie d’un nouveau coffret Ultra Premium ... Voir le deal philo Z'amis Forum des citoyens Philosophie 3 participantsAuteurMessageMorgan Kane******Sujet Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Sam 11 Nov - 1138 De Paul Valery, aprĂšs la premiĂšre guerre mondiale Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d’empires coulĂ©s Ă  pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins ; descendus au fond inexplorable des siĂšcles avec leurs dieux et leurs lois, leurs acadĂ©mies et leurs sciences pures et appliquĂ©es, avec leurs grammaires, leurs dictionnaires, leurs classiques, leurs romantiques et leurs symbolistes, leurs critiques et les critiques de leurs critiques. Nous savions bien que toute la terre apparente est faite de cendres, que la cendre signifie quelque chose. Nous apercevions Ă  travers l’épaisseur de l’histoire, les fantĂŽmes d’immenses navires qui furent chargĂ©s de richesse et d’esprit. Nous ne pouvions pas les compter. Mais ces naufrages, aprĂšs tout, n’étaient pas notre Ninive, Babylone Ă©taient de beaux noms vagues, et la ruine totale de ces mondes avait aussi peu de signification pour nous que leur existence mĂȘme. Mais France, Angleterre, Russie... ce seraient aussi de beaux noms. Lusitania aussi est un beau nom. Et nous voyons maintenant que l’abĂźme de l’histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu’une civilisation a la mĂȘme fragilitĂ© qu’une vie. Les circonstances qui enverraient les Ɠuvres de Keats et celles de Baudelaire rejoindre les Ɠuvres de MĂ©nandre ne sont plus du tout inconcevables elles sont dans les n’est pas tout. La brĂ»lante leçon est plus complĂšte encore. Il n’a pas suffi Ă  notre gĂ©nĂ©ration d’apprendre par sa propre expĂ©rience comment les plus belles choses et les plus antiques, et les plus formidables et les mieux ordonnĂ©es sont pĂ©rissables par accident ; elle a vu, dans l’ordre de la pensĂ©e, du sens commun, et du sentiment, se produire des phĂ©nomĂšnes extraordinaires, des rĂ©alisations brusques de paradoxes, des dĂ©ceptions brutales de l’évidence. Je n’en citerai qu’un exemple les grandes vertus des peuples allemands ont engendrĂ© plus de maux que l’oisivetĂ© jamais n’a créé de vices. Nous avons vu, de nos yeux vu, le travail consciencieux, l’instruction la plus solide, la discipline et l’application les plus sĂ©rieuses, adaptĂ©s Ă  d’épouvantables desseins. Tant d’horreurs n’auraient pas Ă©tĂ© possibles sans tant de vertus. Il a fallu, sans doute, beaucoup de science pour tuer tant d’hommes, dissiper tant de biens, anĂ©antir tant de villes en si peu de temps ; mais il a fallu non moins de qualitĂ©s morales. Savoir et Devoir, vous ĂȘtes donc suspects ?_________________Tout smouales Ă©taient les borogoves NellyAdminSujet Re Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Sam 18 Nov - 1511 Morgan Kane a Ă©crit Je n’en citerai qu’un exemple les grandes vertus des peuples allemands ont engendrĂ© plus de maux que l’oisivetĂ© jamais n’a créé de vices. Nous avons vu, de nos yeux vu, le travail consciencieux, l’instruction la plus solide, la discipline et l’application les plus sĂ©rieuses, adaptĂ©s Ă  d’épouvantables desseins. Dur, ton texte !Les vertus du peuple allemand... Faut-il les appeler ainsi ? Tout le peuple est-il responsable ? Certes, un tarĂ© bien entourĂ© a Ă©tĂ© dĂ©mocratiquement Ă©lu, mais ne faisons-nous pas les mĂȘme erreurs, nous autres Français, bien moins vertueux ?Combien d'Ă©lecteurs auraient peu imaginer l'horreur qui s'en est suivie ? Morgan Kane a Ă©crit Tant d’horreurs n’auraient pas Ă©tĂ© possibles sans tant de vertus. Il a fallu, sans doute, beaucoup de science pour tuer tant d’hommes, dissiper tant de biens, anĂ©antir tant de villes en si peu de temps ; mais il a fallu non moins de qualitĂ©s morales. Savoir et Devoir, vous ĂȘtes donc suspects ? Tu sais bien que le peuple suit celui qui parle bien ! Tellement de gens se font avoir eux-mĂȘmes en toute honnĂȘtetĂ© vertu en espĂ©rant vivre mieux et en croyant que ce qu'on leur dit est bon. Certes, nous sommes tous des Ă©goĂŻstes, quelque part, ce qui n'est pas une vertu, mais la Ă  toi InvitĂ© et reviens nous voir souvent. Pestoune***Sujet Re Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Mer 17 Juin - 530 Nous l'avons toujours su mais il faut rĂ©guliĂšrement des piqĂ»res de rappel. Ce qu'il se passe en ce moment, c'en est une aussi. On assiste Ă  l'effondrement mondial de l'Ă©conomie, du monde du travail. Un petit virus de rien a mis Ă  terre le monde de l'entreprise. Des tas d'entreprises ne se relĂšveront pas entrainant Ă  leur suite des ouvriers qui se retrouveront sans emploi. Aujourd'hui on nous demande de travailler plus pour compenser les pertes financiĂšres. Certes mais comment faire quand il n'y a plus de travail. Un monde se meurt. Qu'en renaĂźtra-t'il ? Morgan Kane******Sujet Re Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Mer 17 Juin - 610 Pestoune a Ă©crit Nous l'avons toujours su mais il faut rĂ©guliĂšrement des piqĂ»res de rappel. Ce qu'il se passe en ce moment, c'en est une aussi. On assiste Ă  l'effondrement mondial de l'Ă©conomie, du monde du travail. Un petit virus de rien a mis Ă  terre le monde de l'entreprise. Des tas d'entreprises ne se relĂšveront pas entrainant Ă  leur suite des ouvriers qui se retrouveront sans emploi. Aujourd'hui on nous demande de travailler plus pour compenser les pertes financiĂšres. Certes mais comment faire quand il n'y a plus de travail. Un monde se meurt. Qu'en renaĂźtra-t'il ? Compte tenu du rĂšgne de la finance et du marchĂ©, une tentative dĂ©sespĂ©rĂ©e de reconstruire le monde d'avant ..... jusqu'Ă  la catastrophe finale .... Ce forum ne faisant pas de politique politicienne, je n'en dis pas plus. _________________Tout smouales Ă©taient les borogoves Pestoune***Sujet Re Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Mer 17 Juin - 820 Morgane Kane a Ă©crit Ce forum ne faisant pas de politique politicienne, je n'en dis pas plus je l'avais bien compris en vous lisant et tant mieux c'est pourquoi je n'ai pas approfondi ma pensĂ©e. NĂ©anmoins ce n'est pas politique de dire qu'on assiste Ă  un effondrement du monde tel que nous l'avons connu. Mais que hĂ©las les dirigeants mondiaux continuent de s'accrocher Ă  ce modĂšle. Il est temps de penser autre chose. Ce serait un travail commun Ă  faire entre tous les pays. Un travail collĂ©gial qui donnerait une autre direction Ă  l'humanitĂ©. Mais il faut que l'effondrement soit total pour que l'homme accepte la dĂ©faite. Il faut que le monde souffre pour renaĂźtre. C'est le triste constat de notre Histoire humaine. NellyAdminSujet Re Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Mer 17 Juin - 1259 Pestoune a Ă©crit Morgane Kane a Ă©crit Ce forum ne faisant pas de politique politicienne, je n'en dis pas plus je l'avais bien compris en vous lisant et tant mieux c'est pourquoi je n'ai pas approfondi ma pensĂ©e. NĂ©anmoins ce n'est pas politique de dire qu'on assiste Ă  un effondrement du monde tel que nous l'avons connu. Mais que hĂ©las les dirigeants mondiaux continuent de s'accrocher Ă  ce modĂšle. Il est temps de penser autre chose. Ce serait un travail commun Ă  faire entre tous les pays. Un travail collĂ©gial qui donnerait une autre direction Ă  l'humanitĂ©. N'est-ce pas utopique ? Nous ne sommes mĂȘme pas en mesure de nous entendre dans le mĂȘme pays, d'ĂȘtre solidaires en Europe pour faire front. Pestoune a Ă©crit Mais il faut que l'effondrement soit total pour que l'homme accepte la dĂ©faite. Il faut que le monde souffre pour renaĂźtre. C'est le triste constat de notre Histoire humaine. _________________Bienvenue Ă  toi InvitĂ© et reviens nous voir souvent. Pestoune***Sujet Re Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Mer 17 Juin - 1408 Nelly a Ă©crit N'est-ce pas utopique ? Nous ne sommes mĂȘme pas en mesure de nous entendre dans le mĂȘme pays, d'ĂȘtre solidaires en Europe pour faire front. D'oĂč mon emploi du conditionnel Contenu sponsorisĂ©Sujet Re Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Page 1 sur 1 Sujets similaires» SOMMES NOUS ENCORE CAPABLES DE NOUS SENTIR RESPONSABLES» Sommes nous responsables de ce que nous sommes ? » ÊTRE ZEN LE SAVONS NOUS?» Du coq Ă  l'Ăąne, comportements et instincts, oĂč en sommes nous?» Philosophie et MediasPermission de ce forumVous ne pouvez pas rĂ©pondre aux sujets dans ce forumphilo Z'amis Forum des citoyens PhilosophieSauter vers QuandValĂ©ry Ă©crit « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles », c’est Ă  l’europĂ©enne qu’il pense. Il pense que la civilisation europĂ©enne occupe une situation privilĂ©giĂ©e, qui ne va pas durer, et entretient un rapport inĂ©gal aux autres contrĂ©es. Il prend l’exemple du rapport de l’Angleterre Ă  l’Inde These two letters were first published in English in the London weekly AthenĂŠus, nr. 4641, April 11, 1919 and nr. 4644, May 2, 1919. Texte reproduit d'aprĂšs Paul VALÉRY, ƒuvres I, Ă©dition Ă©tablie et annotĂ©e par Jean Hytier, Paris, Gallimard 1957, collection "La PlĂ©iade", pp. 988-1014. - Blog Paul ValĂ©ry VARIÉTÉ ESSAIS QUASI POLITIQUES LA CRISE DE L'ESPRIT PREMIÈRE LETTRE Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d'empires coulĂ©s Ă  pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins; descendus au fond inexplorable des siĂšcles avec leurs dieux et leurs lois, leurs acadĂ©mies et leurs sciences pures et appliquĂ©es, avec leurs grammaires, leurs dictionnaires, leurs classiques, leurs romantiques et leurs symbolistes, leurs critiques et les critiques de leurs critiques. Nous savions bien que toute la terre apparente est faite de cendres, que la cendre signifie quelque chose. Nous apercevions Ă  travers l'Ă©paisseur de l'histoire, les fantĂŽmes d'immenses navires qui furent chargĂ©s de richesse et d'esprit. Nous ne pouvions pas les compter. Mais ces naufrages, aprĂšs tout, n'Ă©taient pas notre affaire. Élam, Ninive, Babylone Ă©taient de beaux noms vagues, et la ruine totale de ces mondes avait aussi peu de signification pour nous que leur existence mĂȘme. Mais France, Angleterre, Russie... ce seraient aussi de beaux noms. Lusitania aussi est un beau nom. Et nous voyons maintenant que l'abĂźme de l'histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu'une civilisation a la mĂȘme fragilitĂ© qu'une vie. Les circonstances qui enverraient les ouvres de Keats et celles de Baudelaire rejoindre les Ɠuvres de MĂ©nandre ne sont plus du tout inconcevables elles sont dans les journaux. Cf. Cicero, I have spared no pains to make myself master of the Greek language and learning Schiller, A glorious humanity Hugo, In a grand parliament of intelligence Emerson, When the Gods come among men - Disclosing in every fact a germ of expansion Ortega y Gassett, The birth of the city Aeschylus, Nobody's slaves Plato, Tyranny and slavery Gennadius Scholarius, Words are the fathers of all Good Pope Benedict XVI, The Papal Science Learned Freeware Enable Desktop Gadgets on Windows 10 or 11 Search ALL Desktop Gadget Font viewers, to browse, test, install and uninstall your fonts Daily Reading Gadget Greek Clock desktop gadget More Amazon Search Gadget Bible Reader Old Standard and Didot Unicode Greek Polytonic Fonts Menologion Inspirational Desktop Gadget More Nous autres, civilisations, lançait Paul Valery au dĂ©but du XXe siĂšcle, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » Le coup fut douloureux pour la pensĂ©e occidentale, dĂ©jĂ  Ă©branlĂ©e, Ă  la fin du XIXe siĂšcle, par l’annonce nietzschĂ©enne de la mort consommĂ©e de Dieu. Ainsi, ceux qui ne croyaient plus aux arriĂšre-mondes religieux Ă©ternels devaient s’habituer Ă  403 ERROR The Amazon CloudFront distribution is configured to block access from your country. We can't connect to the server for this app or website at this time. There might be too much traffic or a configuration error. Try again later, or contact the app or website owner. If you provide content to customers through CloudFront, you can find steps to troubleshoot and help prevent this error by reviewing the CloudFront documentation. Generated by cloudfront CloudFront Request ID m_pziGf6IZ0OBFIbzgRV7Rbz0rEYLwjS2TymptomMtcf1rAivqa-uA==
Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ", Ă©crit ValĂ©ry dans la cĂ©lĂšbre "PremiĂšre Lettre" de "La crise de l'esprit" qui ouvre VariĂ©tĂ© 7. A la mĂȘme Ă©poque en 1919, que pense Gide de notre civilisation occidentale, agonisante aprĂšs la dĂ©liquescence de l'Histoire qui suit la premiĂšre Guerre Mondiale ? Interrogation curieuse : soumettre Ă  Gide

Sujet Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles b. Introduction Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ». Cette phrase cĂ©lĂšbre, rĂ©digĂ©e par Paul ValĂ©ry en 1919 figure dans un essai, publiĂ© Ă  la NFR, Ă©tant intitulĂ© La crise de L’Esprit, qui par ailleurs sert de dĂ©but de phrase Ă  son texte philosophique VariĂ©tĂ© l. La date indiquĂ©e nous indique dĂ©j? le contexte histoire, traditionnellement a durera 4 ans 1 914_1 rapport avec cette co nous pouvons ajoute OF Swap next page la Grande Guerre, Mondiale et qui rase est en naturellement, et e serviront de ce bouleversement historique, des autres connus tels que Maurice Genevois, ou encore Guillaume Apollinaire. our en revenir ? notre sujet principal qui n’est autre que la phrase de ValĂ©ry, nous remarquerons que ce dernier utilise le terme de civilisations, terme que nous allons dĂ©finir comme Ă©tant un ensemble de phĂ©nomĂšnes sociaux, religieux, intellectuels, artistiques, scientifiques et techniques propre Ă  un peuple et transmis par l’éducation » Dictionnaire de la langue Française. De cette phrase qui fait allusion Ă  la Grande Guerre, nous nous emanderons si ce conflit ne serait pas plus une Guerre Totale qu’une PremiĂšre Guerre Mondiale. Nous pouvons aussi nous demander en quoi et pourquoi sont-elles mortelles et nous n nous demanderons surtout si cette phrase s’applique Ă  PEurope d’aujourd’hui. Pour rĂ©pondre Ă  ses questions nous verrons dans un premier temps que l’Europe est bel et bien en pleine crise mais non pas en train de dĂ©cliner, puis nous observerons que Grande Guerre a Ă©tĂ© un conflit d’une violence encore inĂ©dite en Europe, et nous finirons par dĂ©couvrir comment l’Europe a Ă©voluĂ© de 1919, fin de a premiĂšre guerre mondiale Ă  de nos jours, le XXIĂšme SiĂšcle tout en passant par la Seconde Guerre Mondiale. I/ La Grande Guerre Une Guerre Totale A Une mobilisation militaire inĂ©dite. La guerre, bien que se dĂ©roulant en Europe ne possĂšde pas vraiment une dimension mondiale, elle engage tout de mĂȘme les empires coloniaux et des zones contrĂŽlĂ©s par les EuropĂ©ens, comme la Chine par exemple, la rendant Ă  partir de ce moment, planĂ©taire. DĂšs 1914, 59,25 millions de soldats seront mobilisĂ©s et en 1917, 3,8 millions dhommes amĂ©ricains viendront soutenir les Triple-Entente composĂ©s de la France, de l’Empire russe qui e battra pour la France jusqu’en 1917 et du Royaume-Uni et ses dominions le Canada, l’Australie, la Nouvelle-ZĂ©lande et l’Afrique du Sud sans oublier le Royaume d’Italie qui les rejoindra le 23 mai 1915. Suite Ă  une perte importante de soldats, un appel aux populations est lancĂ©, les Britanniques font donc appel Ă  leurs dominions et parviennent Ă  mobiliser plus 1 million de volontaires. Les 600 000 indigĂšnes levĂ©s par la France seront envoyĂ©s aux trois-quarts des mĂ©tropoles. Nous avons donc au totale, plus de 73 650 000 soldats mobilisĂ©s 0 envoyĂ©s aux trois-quarts des mĂ©tropoles. Nous avons donc au totale, plus de 73 650 000 soldats mobilisĂ©s lors de la Grande Guerre dont 8 294 000 mourront. B Les Ă©conomies de la guerre. La logique que la puissance Ă©conomique dĂ©termine la puissance militaire est bel et bien rĂ©elle et est prouvĂ© par la Grande Guerre en raison sa durĂ©e et de son intensitĂ©. Lors d’une guerre mondiale, il faut pouvoir convertir l’argent, et ainsi pouvoir se ravitailler en armes et en matĂ©riels, comme les obus, de nouvelles usines d’armement, des chars, des avions, des canons. DĂ©butĂ© en Automne 1914, un blocus maritime affaiblira l’Allemagne ussi bien Ă©conomiquement qu’en hommes. Tout ce qui est fabrications et/ou Ă©changes se verra rĂ©alisĂ©e Ă  stricte condition que le but soit d’augmenter l’efficacitĂ© et/ou la coordination entre les puissances alliĂ©e Ă  cette Ă©poque. L’économie devra ĂȘtre organisĂ©e par les Etats si ceux-ci souhaitent disperser les matiĂšres premiĂšres, fixer les prix, orienter les productions et surtout, mobiliser la main-d’Ɠuvre. Les industriels tels que CitroĂ«n, Renault et Schneider en France, deviendront des alliĂ©s, des ressources pour les Etats. Ainsi, des hommes comme A. Thomas et W. Rathenau se verront ĂȘtre en tĂȘte d’administration pour cet effort. Concernant la main-d’Ɠuvre, la trouver ne sera pas chose facile alors que malheureusement, l’armĂ©e rĂ©clamera toujours plus de soldats. On fait donc appel aux Ă©trangers, aux femmes. Les femmes qui serviront de main-d’Ɠuvre et produiront des munitions dans les usines seront appelĂ©es Munition de main-d’Ɠuvre et produiront des munitions dans les usines seront appelĂ©es Munitionnettes C Une mobilisation psychologique comme idĂ©ologique. Durant la Grande Guerre, il faudra entretenir le moral des civils, des populations. Pour se rĂ©aliser, les informations et lettres des soldats seront soigneusement lues et censurĂ©s ou dĂ©truites si les nouvelles sont mauvaises. Ainsi, aucune nouvelle nĂ©gative ne peut affoler la population. La propagande deviendra une activitĂ© premiĂšre, centrale de la guerre. La propagande essaie de bĂątir et fortifier la permission nationale. Les causes du combat seront sans cesse rappelĂ©es aux citoyens. L’ennemi est dĂ©crit diaboliquement, pĂ©jorativement, diabolisĂ©, extrapolĂ©. Le bourrage de crĂąne naitra aussi chez les enfants participants Ă  la mobilisation, et ceux par le lien qu’est l’école. Ce sont donc toutes les populations qui sont concernĂ©es, populations qui seront de ce fait, installĂ©es dans ce que ron appelle un Culture de Guerre », ce qui permet tout de mĂȘme au soldat de tenir bon. Il/ La Grande Guerre, un conflit d’une violence inĂ©dite. A La violence de la Grande Guerre. Le nombre de lambeaux de corps abandonnĂ©s sur le champ de bataille s’enchaĂźne et identifier les corps s’avĂšre trĂšs souvent problĂ©matique. Les cimetiĂšres militaires se multiplient dans l’ArriĂšre, populations ne prenant point pas part aux populations militaires mais qui peuvent participer Ă  l’effort de guerre, et ossĂšdent des cadavres encore non-identifiĂ©s Ă  cause des dĂ©figurations, ce qui tĂ©moigne de la violence de la guerre subi 4 0 cadavres encore non-identifiĂ©s Ă  cause des dĂ©figurations, ce qui tĂ©moigne de la violence de la guerre subie par les soldats. Les blessĂ©s qui survivent le resteront Ă©videmment Ă  vie et seront nommĂ©s Les Gueules CassĂ©es » sans oublier les poumons gravement endommagĂ©s par fypĂ©rite, gaz moutarde La violence de la guerre ira mĂȘme jusqu’à faire e mutiler les soldats eux-mĂȘmes, soldats qui seront sanctionnĂ©s. Les utineries de 1917, qui se dĂ©rouleront entre mai et juin, suivent en fait l’échec de l’offensive française du chemin des Dames. Nous compterons alors plus de 40 000 mutins. Une rĂ©pression, qui sera modĂ©rĂ©e, et une amĂ©lioration des conditions de vie des soldats permettront de remĂ©dier aux mutineries. B Le gĂ©nocide ArmĂ©nien. e gĂ©nocide armĂ©nien aura lieu en 1915, en Turquie, pays alliĂ©s aux Empires centraux Allemagne, Autriche-Hongrie et sera commandĂ© par le gouvernement turc qui veut Ă©liminer la minoritĂ© armĂ©nienne 2 millions d’individus de son territoire. Il soupçonne cette minoritĂ©, situĂ©e au nord-est du pays, de vouloir se rallier au Russes. Pour se faire, le gouvernement turc utilisera diverses mĂ©thodes inhumaines les massacres des hommes et viols des femmes dans des villages orientaux occupĂ©s par une majoritĂ© d’ArmĂ©niens, les privĂ©s de nourritures et d’eau sur des centaines de kilomĂštres, dĂ©porter de la population vers des camps de concentration vides de rĂ©serves alimentaires. Plus d’un million d’ArmĂ©niens ont pĂ©ri durant cette pĂ©riode. Beaucoup ont fui les massacres vers l’Europe, notamment la France. CĂ©tat

Introduction: « Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ». Cette phrase cĂ©lĂšbre, rĂ©digĂ©e par Paul ValĂ©ry en 1919 figure dans un essai, publiĂ© Ă  la NFR, Ă©tant intitulĂ© La crise de L’Esprit, qui par ailleurs sert de dĂ©but de phrase Ă  son texte philosophique VariĂ©tĂ© I. La date indiquĂ©e nous indique dĂ©jĂ  le contexte histoire, nous sommes Ă 
Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ». Cette citation du poĂšte Paul Valery illustre parfaitement la pĂ©riode actuelle puisque l’humanitĂ© est confrontĂ©e Ă  une crise affectant tous les domaines de son existence, crise financiĂšre, Ă©conomique, sociale, politique, Ă©nergĂ©tique, technique, Ă©cologique, anthropologique...Cette crise n’est d’ailleurs pas seulement globale mais systĂ©mique, au sens oĂč quelque chose fait lien entre ses multiples facettes. Ce qui fait lien ce n’est pas tant que la sociĂ©tĂ© a sombrĂ© dans la dĂ©mesure, mais le fait que le paradigme fondateur de la civilisation marchande soit entrĂ© lui-mĂȘme en dissonance. Nous crevons tout autant de la victoire du processus de marchandisation, qui a conduit, depuis deux siĂšcles, Ă  rendre marchand tout ce qui pouvait l’ĂȘtre, qu’à l’impossibilitĂ© structurelle de ce mĂȘme processus de se poursuivre crise systĂ©mique n’est donc pas seulement une crise des mĂ©faits, bien rĂ©els, de la marchandisation mais un blocage structurel liĂ© Ă  la logique de marchandisation sommes donc face Ă  un grand mouvement de dĂ©marchandisation, malgrĂ© les efforts constants pour remarchandiser ce qui l’était moins grĂące aux conquĂȘtes sociales. La marchandisation appartient donc probablement au passĂ©, mĂȘme si nous n’en avons pas encore pleinement conscience, mĂȘme si nous ne sommes pas prĂȘts d’en finir avec le capitalisme, surtout qu’il pourrait trĂšs bien parvenir Ă  ouvrir de nouveaux champs Ă  la marchandise avec l’anthropocĂšne transhumaniste. La marchandisation est donc un passĂ© qui n’en a peut ĂȘtre pas fini, mais dont les dommages ne pourront que croĂźtre s’il s’obstine encore Ă  obstruer l’horizon historique et Ă  noyer nos vies dans les eaux glacĂ©es du calcul Ă©goĂŻste selon l’heureuse formule de Marx. Ce moment prĂ©sent est pourtant celui d’une relĂšve possible de ce principe qui se meurt en tant que paradigme dominant par un nouveau principe que le systĂšme voudrait refouler de sa vision. Albert Einstein disait que tant qu’on a la tĂȘte sous forme d’un marteau on perçoit tous les problĂšmes sous forme de clou. Tant que nous aurons la tĂȘte formatĂ©e par les globalivernes qui prĂ©sident Ă  la vision dominante du monde nous resterons dans l’incapacitĂ© de saisir ce qui se dĂ©veloppe. Nous devons donc redevenir des voyants comme nous y incitait Arthur nouvel Ăąge qui sonne Ă  la porte de l’humanitĂ© porte le joli nom de gratuitĂ©, ou, pour le dire de façon plus savante, de dĂ©fense et d’extension de la sphĂšre de la gratuitĂ©, car cette gratuitĂ© n’a jamais totalement disparu, mĂȘme au sein du versus marchandisation, deux gĂ©ants aux prises depuis des siĂšcles et dont nous retracerons sommairement l’histoire. GratuitĂ© versus marchandisation, deux plaques tectoniques dont les mouvements dĂ©gagent sous nos yeux de nouveaux continents. Nous partirons donc Ă  la dĂ©couverte des Ăźlots de gratuitĂ©. Nous nous demanderons quel rapport cette marche vers la sociĂ©tĂ© de la gratuitĂ© entretient avec l’idĂ©e galopante d’un revenu gratuitĂ©, dont je parle, est, bien sĂ»r, une gratuitĂ© construite, Ă©conomiquement construite, socialement construite, culturellement construite, politiquement, construite, Ă©cologiquement construite, juridiquement construite, anthropologiquement construite, etc. Il ne s’agit donc pas simplement de ces gratuitĂ©s naturelles » comme le soleil ni mĂȘme de ces gratuitĂ©s premiĂšres comme l’amour, l’amitiĂ©, la gentillesse, la solidaritĂ© qui donnent pourtant du prix Ă  la gratuitĂ©s, que j’évoque, se dĂ©veloppent avec le retour des communs, dont la forme peut ĂȘtre celle des services publics Ă  la française, ou, des nouveaux espaces de gratuitĂ© qui embellissent nos villes, boites Ă  livres, jardins partagĂ©s, dĂ©coration florale
Cette gratuitĂ© n’est pas la poursuite du vieux rĂȘve mensonger Demain, on rase gratis » ; elle ne croit plus aux lendemains qui chantent » car elle veut justement chanter au prĂ©sent ; elle ne promet pas une libertĂ© sauvage d’accĂšs aux biens et services, mais relĂšve d’une grammaire, avec ses grandes rĂšgles et ses exceptions. PremiĂšre rĂšgle la gratuitĂ© ne couvre pas seulement les biens et services qui permettent Ă  chacun de survivre comme l’eau vitale et le minimum alimentaire, elle sĂ©tend, potentiellement, Ă  tous les domaines de l’existence, y compris le droit au beau, le droit Ă  la nuit, le droit Ă  prendre part Ă  la culture et Ă  la politique. DeuxiĂšme rĂšgle si tous les domaines de l’existence ont vocation Ă  ĂȘtre gratuits, tout ne peut ĂȘtre gratuit dans chacun des domaines, et, pas seulement pour des raisons de rĂ©alisme comptable, mais parce que la gratuitĂ© est le chemin qui conduit Ă  la sobriĂ©tĂ©. TroisiĂšme rĂšgle le passage Ă  la gratuitĂ© suppose de transformer les produits et service prĂ©existants dans le but d’augmenter leur valeur ajoutĂ©e sociale, Ă©cologique et trois rĂšgles se rejoignent au sein d’un nouveau paradigme gratuitĂ© du bon usage face au renchĂ©rissement du mĂ©susage. Ces trois rĂšgles n’épuisent, bien sĂ»r, pas tous les dĂ©bats. Est-il possible de dĂ©montrer que la gratuitĂ©, loin de provoquer l’irresponsabilitĂ© dont on l’accuse, fait partie des solutions anti-gaspillage ? Comment s’opposer Ă  ceux qui clament que la gratuitĂ© aboutira au renforcement de Big-Brother et de Big-Mother, au contrĂŽle soupçonneux d’un cĂŽtĂ© et Ă  l’assistanat liberticide d’un autre ? Pourquoi la gratuitĂ© serait-elle plus efficace que les tarifs sociaux ? Cet ouvrage rĂ©pondra, sans faux fuyants, Ă  toutes les questions que se posent lĂ©gitimement les citoyens et les contribuables, car il faut bien lever les peurs, savamment entretenues, pour rouvrir le champ des possibles et avancer vers la voyage nous conduira Ă  la dĂ©couverte gourmande des mille et une expĂ©riences de gratuitĂ© qui fleurissent aujourd’hui gratuitĂ© de l’eau, de l’énergie, de la restauration scolaire, des services culturels, bibliothĂšques comme musĂ©es, des Ă©quipements sportifs, des services funĂ©raires, de la santĂ©, de l’enseignement, du logement, des transports en commun scolaires et urbains, de l’accĂšs aux services juridiques et aux donnĂ©es publiques, de la participation politique, des parcs et jardins publics, des espaces de jeux, de l’embellissement des villes, du numĂ©rique
Ce voyage fraye aussi des chemins plus escarpĂ©s pour passer de ces Ăźlots de la gratuitĂ© Ă  des archipels puis, demain, Ă  un continent. J’ai l’espoir que tous ces petits bouts de gratuitĂ© finiront par cristalliser, donnant naissance Ă  une nouvelle civilisation, laquelle cohabitera longtemps avec un secteur marchand de la mĂȘme façon qu’existent encore, aujourd’hui, des formes de vie prĂ©capitalistes. J’ai envie de croire, et j’ai de bonnes et de belles raisons pour cela, que cette sphĂšre de la marchandise dĂ©clinera jusqu’à disparaitre. Mais la gratuitĂ© ne fera sociĂ©tĂ© que si elle terrasse les quatre cavaliers de l’Apocalypse qui menacent l’humanitĂ© et la planĂšte, que si elle permet de commencer Ă  sortir de la marchandisation de la monĂ©tarisation, de l’utilitarisme, de l’économisme, que si elle nous conduit au-delĂ  de la logique des besoins et de la proposition paraĂźtra iconoclaste Ă  l’heure oĂč les tenanciers du capitalisme rĂ©pĂštent en boucle que ce qui serait sans valeur marchande perdrait humainement toute valeur, comme si l’amour et l’amitiĂ© n’existaient dĂ©jĂ  pas pour eux ; Ă  l’heure aussi oĂč la crise Ă©cologique leur sert de prĂ©texte pour Ă©tendre la sphĂšre de la marchandisation, selon les principes du pollueur-payeur » et de l’utilisateur payeur » en attendant que l’anthropocĂšne transhumaniste ne clore dĂ©finitivement ce dĂ©bat. Je sais bien qu’il reste des Bastille Ă  prendre mais nous n’y parviendrons qu’en brisant les images qui claquemurent nos vies. Ce voyage est un hymne au plus Ă  jouir » qu’offrira la gratuitĂ©, il dĂ©bouchera sur la sociĂ©tĂ© des usagers maĂźtres de leurs usages. Nous n’assistons pas seulement Ă  l’accouchement d’un nouveau monde car nous en sommes collectivement les vĂ©ritables acteurs. Le paradoxe veut que nous n’en soyons pas conscients car nous manquons d’outils intellectuels et de la sensibilitĂ© permettant de percevoir et de comprendre ce qui Ă©merge comme le signe annonciateur, une Ă©piphanie prometteuse, d’un autre futur. L’époque nous rend victimes d’un double tropisme aveuglant. Nous ne parvenons plus Ă  croire ce que nous savons car le dĂ©ni s’avĂšre ĂȘtre le principe structurant de nos existences collectives. Chacun sent bien que le capitalisme nous conduit dans le mur et pourtant nous continuons Ă  avancer comme si nous Ă©tions indiffĂ©rents au devenir du monde et Ă  celui de nos enfants. Le philosophe Pascal Ă©voquait la façon dont les multiples activitĂ©s nous distraient du sentiment de notre propre finitude. Ce refoulement s’est Ă©tendu aux menaces qui pĂšsent sur le devenir mĂȘme du genre humain compte tenu du risque d’effondrement. L’appel Ă  la responsabilitĂ© s’avĂšre d’une piĂštre utilitĂ© face au pĂ©ril. Ce constat pessimiste oblige Ă  refermer l’illusion des lumiĂšres l’accĂšs au savoir est bien une condition prĂ©alable Ă  l’émancipation mais il n’en est pas la condition. Comme l’écrit Gilles Deleuze, seul le dĂ©sir est rĂ©volutionnaire et la gratuitĂ© fonctionne au second blocage est tout aussi terrifiant puisque nous constatons que croire ce que l’on sait ne suffit pas toujours Ă  agir. Je ne parle mĂȘme pas ici d’une action rĂ©flĂ©chie et efficace. Le rĂ©quisitoire est Ă©tabli depuis si longtemps qu’il en est devenu assommant, au point de susciter la paralysie et le cynisme. Le sentiment d’impuissance Ă©teint les lumiĂšres dans nos tĂȘtes. La gratuitĂ© bouscule ce schĂ©ma mortifĂšre en introduisant d’autres formes d’intelligence. L’intelligence rationnelle conserve toute sa part et cet ouvrage apportera les informations, les analyses, les concepts qui sont autant de joyaux pour penser la transition. L’intelligence du cƓur est sollicitĂ©e car nous avons tous/toutes la gratuitĂ© chevillĂ©e au cƓur en raison de sa charge Ă©motionnelle liĂ©es Ă  nos relations amoureuses, amicales, affectives, bĂ©nĂ©voles. L’intelligence pratique s’avĂšre Ă©galement de l’ouvrage car la gratuitĂ© est d’abord du domaine du faire et d’un faire collectif. Ces intelligences de la raison, du cƓur et de la main s’épanouissent mieux en sociĂ©tĂ©, car la gratuitĂ© ne s’expĂ©rimente jamais seul. La gratuitĂ© s’oppose Ă  toute robinsonnade puisqu’elle fait sociĂ©tĂ©.
Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » ""Les mots de Paul Valéry aprÚs le désastre de la Grande Guerre, devraient inquiéter les
Chaque citation exprime les opinions de son auteur et ne saurait engager Dicocitations. citations juillet 30, 2010 FrĂ©dĂ©rick JĂ©zĂ©gou Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Paul ValĂ©ryLe Dico des citations← Le communisme, c’est les Soviets plus l’ → Une pensĂ©e sur “Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.” Esthermai 5, 2012 Ă  1005Permalink Agissons-nous en consĂ©quence? Commentaires fermĂ©s.
QCMde culture gĂ©nĂ©rale, qcm :CULTURE GÉNÉRALE - HISTOIRE, GÉOGRAPHIE, ART, LITTÉRATURE (concours PASS - 2008), question : Parmi les auteurs suivants, qui constate en 1919 : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles » ?
Une entrevue de Paul-Marie CoĂ»teaux. La pensĂ©e chrĂ©tienne, une rĂ©volution pour chaque vie. L’abbĂ© de TanouĂ€rn joue un rĂŽle important dans la vie religieuse, mais aussi politique, deux domaines qu’il ne sĂ©pare jamais, tenant qu’il n’y a pas de religion sans dimension politique et moins encore de politique qui vaille sans un constant souci religieux, comme il le montre Ă  la tĂȘte du mensuel Monde & Vie, multipliant aussi les ouvrages, confĂ©rences et enseignements. Car ce trĂšs actif prĂȘtre catholique est d’abord un thĂ©ologien, et un philosophe qui montre ici, en retraçant pas Ă  pas son parcours original admirateur de Mgr Lefebvre, il fut ordonnĂ© prĂȘtre de la FraternitĂ© Sacerdotale Saint Pie X Ă  EcĂŽne avant de revenir dans le giron de Rome, que la foi, voix du cƓur, est aussi une oeuvre de l’esprit, une construction intellectuelle de chaque jour qui rĂ©volutionne toute vie. Introduction: « Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ». Cette phrase cĂ©lĂšbre, rĂ©digĂ©e par Paul ValĂ©ry en 1919 figure dans un essai, publiĂ© Ă  la NFR, Ă©tant intitulĂ© La crise de L’Esprit, qui par ailleurs sert de dĂ©but de phrase Ă  son texte philosophique VariĂ©tĂ© I. La date indiquĂ©e nous indique dĂ©jĂ  le contexte histoire, nous sommes Ă  un an de la

Ne nous laissons pas prendre par le discours culpabilisant de gouvernements dont les discours martiaux du style "nous sommes en guerre" cachent de plus en plus mal qu'ils ont failli Ă  leur tĂąche. Car cette image mĂȘme fait penser Ă  nos brillants stratĂšges des deux conflits mondiaux qui menaient une guerre selon les principes de la prĂ©cĂ©dente les causes des Ă©vĂšnements actuels, ce sont les rĂ©ductions budgĂ©taires qui, en Italie comme en France, ont conduit Ă  la faillite de systĂšmes hospitaliers qui Ă©taient parmi les meilleurs du monde, au nom du sacro-saint pacte de stabilitĂ© ; ce sont des pratiques d'Ă©vasion fiscale tolĂ©rĂ©es par les Gouvernements et par l'Union EuropĂ©enne qui ont englouti des hĂŽpitaux et des Ă©coles ; c'est la prioritĂ© aux profits des entreprises qui a conduit Ă  des dĂ©localisations sous des cieux bĂ©nis oĂč le coĂ»t du travail est dĂ©risoire ; c'est la dĂ©pendance qui en rĂ©sulte qui a causĂ© une pĂ©nurie des moyens de protection Ă©lĂ©mentaires, mĂȘme pour le personnel soignant ; c'est la soumission servile de nos soi-disant reprĂ©sentants, qui ne savent mĂȘme plus comment s'Ă©crivent les mots "intĂ©rĂȘt commun", aux lobbies industriels et commerciaux ; c'est l'Ă©goĂŻsme europĂ©en dĂ©jĂ  rĂ©vĂ©lĂ© Ă  l'occasion de la crise de la dette publique, qui va aujourd'hui jusqu'Ă  faire voler par un pays le matĂ©riel sanitaire destinĂ© Ă  un autre. Si cette crise ne conduit pas Ă  une remise en cause de nos fondamentaux Ă©conomiques et financiers, nous pourrons Ă©crire sur le fronton de nos mairies, en lieu et place de la devise de la RĂ©publique, cette phrase de Paul ValĂ©ry "Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles". Car ce qui provoque l'effondrement des civilisations, c'est la sclĂ©rose d'institutions qui ne peuvent plus rĂ©pondre Ă  de nouveaux dĂ©fis. Et Paul ValĂ©ry ajoute "les circonstances qui enverraient les Ɠuvres de Keats et celles de Baudelaire rejoindre les Ɠuvres de MĂ©nandre ne sont plus du tout inconcevables. Elles sont dans les journaux".Et maintenant, l'article d'Attac ItalieUne des stratĂ©gies les plus efficaces mises en Ɠuvre dans toute situation d'urgence par les pouvoirs forts consiste Ă  culpabiliser les individus pour obtenir d'eux qu'ils intĂ©riorisent la narration dominante sur les Ă©vĂ©nements en cours, afin d'Ă©viter toute forme de rĂ©bellion envers l'ordre stratĂ©gie a Ă©tĂ© largement mise en Ɠuvre dans la derniĂšre dĂ©cennie avec le choc de la dette publique, prĂ©sentĂ© comme la consĂ©quence de modes de vie dĂ©raisonnables, oĂč l'on vivait au-dessus de ses moyens sans faire preuve de responsabilitĂ© envers les gĂ©nĂ©rations Ă©tait d'Ă©viter que la frustration due Ă  la dĂ©gradation des conditions de vie de larges couches de la population ne se transforme en rage contre un modĂšle qui avait donnĂ© la prioritĂ© aux intĂ©rĂȘts des lobbies financiers et des banques sur les droits des bien cette stratĂ©gie qu'on est est en train de dĂ©ployer dans la phase la plus critique de l'Ă©pidĂ©mie de a mis le roi Ă  nu et fait ressortir toutes les impostures de la doctrine systĂšme sanitaire comme celui de l'Italie, qui jusqu'il y a dix ans Ă©tait l'un des meilleurs du monde, a Ă©tĂ© sacrifiĂ© sur l'autel du pacte de stabilitĂ© des coupes budgĂ©taires d'un montant global de 37 milliards et une rĂ©duction drastique du personnel moins personnes, entre mĂ©decins et infirmiĂšres, avec pour brillant rĂ©sultat la disparition de plus de lits d'hĂŽpital – ce qui veut dire, s'agissant de la thĂ©rapie intensive de dramatique actualitĂ©, qu'on est passĂ© de 922 lits pour habitants en 1980 Ă  275 en cela dans le cadre d'un systĂšme sanitaire progressivement privatisĂ©, et soumis, lorsqu'il est encore public, Ă  une torsion entrepreneuriale obsĂ©dĂ©e par l'Ă©quilibre la mise Ă  nu du roi soit partie de la Lombardie est on ne peut plus illustratif cette rĂ©gion considĂ©rĂ©e comme le lieu de l'excellence sanitaire italienne est aujourd'hui renvoyĂ©e dans les cordes par une Ă©pidĂ©mie qui, au cours du drame de ces derniĂšres semaines, a prouvĂ© la fragilitĂ© intrinsĂšque d'un modĂšle Ă©conomico-social entiĂšrement fondĂ© sur la prioritĂ© aux profits d'entreprise et sur la prééminence de l'initiative remettre en question ce modĂšle, et courir ainsi le risque que ce soit tout le chĂąteau de cartes de la doctrine libĂ©rale qui s'Ă©croule en cascade ? Du point de vue des pouvoirs forts, c'est ainsi dĂ©marre la phase de culpabilisation des n'est pas le systĂšme sanitaire, dĂ©-financĂ© et privatisĂ© qui ne fonctionne pas ; ce ne sont pas les dĂ©crets insensĂ©s qui d'un cĂŽtĂ© laissent les usines ouvertes et encouragent mĂȘme la prĂ©sence au travail par des primes et de l'autre rĂ©duisent les transports, transformant les unes et les autres en lieux de propagation du virus ; ce sont les citoyens irresponsables qui se comportent mal, en sortant se promener ou courir au parc, qui mettent en pĂ©ril la rĂ©sistance d'un systĂšme efficace par chasse moderne, mais trĂšs ancienne, au semeur de peste est particuliĂšrement puissante, car elle interfĂšre avec le besoin individuel de donner un nom Ă  l'angoisse de devoir combattre un ennemi invisible ; voilĂ  pourquoi dĂ©signer un coupable les irresponsables », en construisant autour une campagne mĂ©diatique qui ne rĂ©pond Ă  aucune rĂ©alitĂ© Ă©vidente, permet de dĂ©tourner une colĂšre destinĂ©e Ă  grandir avec le prolongement des mesures de restriction, en Ă©vitant qu'elle ne se transforme en rĂ©volte politique contre un modĂšle qui nous a contraints Ă  la compĂ©tition jusqu'Ă  Ă©puisement sans garantir de protection Ă  aucun de Ă  nous comporter de façon responsable et faisons-le avec la dĂ©termination de qui a toujours Ă  l'esprit et dans le cƓur une sociĂ©tĂ© commençons Ă  Ă©crire sur tous les balcons Nous ne reviendrons pas Ă  la normalitĂ©, car la normalitĂ©, c'Ă©tait le problĂšme. »Pour ceux qui lisent l'Italien, le lien avec le texte original

Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles», constatait Paul Valéry au sortir de la premiÚre guerre mondiale. Qu'est-ce qu'éduquer en cette fin d'un siÚcle marqué par l'enthousiasme, l'horreur et la désillusion? Comment transmettre à la génération suivante le savoir - ce que la langue germanique
Les invitĂ©s du Point Jean-Paul Brighelli Alors que le thĂšme de l'immigration s'impose dans les programmes, Brighelli a lu "Les Derniers Jours", qui relate la chute de l'Empire romain d'Occident. L'empereur Caracalla son Ă©dit en 212 accorde la citoyennetĂ© romaine Ă  tout homme libre de l'empire. Une mesure dĂ©lĂ©tĂšre, selon Michel De Jaeghere. © Rama, Parmi les gros pavĂ©s Ă  apporter en vacances, je ne saurais trop vous recommander Les Derniers Jours-La Fin de l'Empire romain d'Occident, paru Ă  la fin 2014 aux Belles Lettres. En 600 pages Ă©rudites et fort bien Ă©crites est-ce parce que l'auteur, Michel De Jaeghere, est d'abord journaliste avant d'ĂȘtre historien qu'il sait raconter ?, on nous dit tout sur l'un des plus grands bouleversements civilisationnels de l'histoire de l'humanitĂ© comment en 200 ans, entre les IVe et Ve siĂšcles, un empire sĂ»r de lui et dominateur, comme aurait dit de Gaulle, a cĂ©dĂ© sous les coups d'une nuĂ©e de barbares, qui auraient laissĂ© aux anciens Romains leurs yeux pour pleurer s'ils ne les leur avaient prĂ©alablement arrachĂ©s. Invasions ou migrations ? Comme nous vivons nous-mĂȘmes dans un monde en proie Ă  toutes les menaces et que, comme le disait si bien ValĂ©ry, "nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles", Mme Vallaud-Belkacem a pensĂ© qu'il fallait vraiment insister sur la question de l'immigration "chance pour la France" nos bambins, si l'on en croit les programmes miraculeusement issus en avril dernier de ce que la France a de pire en matiĂšre d'historiens, Ă©tudieront la question en CM1 les vagues migratoires du Ve au Xe siĂšcle, en sixiĂšme un tiers de l'annĂ©e est censĂ© ĂȘtre consacrĂ© Ă  "la longue histoire de l'humanitĂ© et des migrations", thĂšme repris plus tard dans "romanisation et dĂ©buts du christianisme" et en cinquiĂšme "l'islam dĂ©buts, expansion, sociĂ©tĂ©s et cultures" et "les empires byzantin et carolingien entre Orient et Occident". Il fallait au moins ça. Il faut voir ce qui est Ă  l'Ɠuvre dans cette prĂ©sentation quelque peu biaisĂ©e. Michel De Jaeghere prĂ©cise que "l'appellation mĂȘme de grandes invasions, par quoi notre historiographie dĂ©signe les invasions barbares", est distincte de l'appellation allemande Völkerwanderung, qui signifie "migration de peuples". ForcĂ©ment les Allemands ne vont pas s'appeler eux-mĂȘmes barbares - puisque les barbares, en l'occurrence, c'Ă©taient eux, les Germains. Tout comme les assassins qui sĂ©vissent de l'autre cĂŽtĂ© de la MĂ©diterranĂ©e et ici aussi de temps en temps pensent ĂȘtre de vrais croyants. Dans le choix des termes, on devine l'orientation que la nouvelle historiographie officielle made in Rue de Grenelle entend donner aux programmes que le ministre a commandĂ©s. Le suicide d'une civilisation Le livre qui est un vrai livre d'histoire, l'auteur a eu tellement peur de passer pour un "journaliste" terme Ă©minemment mĂ©prisant dans la bouche de nos modernes profs d'histoire qu'il Ă©taie chacune de ses affirmations, chacun des faits Ă©noncĂ©s, de mille et une rĂ©fĂ©rences antiques et modernes - la bibliographie est particuliĂšrement riche. Mais sans que cela alourdisse la lecture - miracle d'une narration parfaitement maĂźtrisĂ©e. Qu'apprenons-nous, bĂ©otiens que nous sommes ? Que, comme le disait RenĂ© Grousset en 1946 dans son Bilan de l'histoire, "aucune civilisation n'est dĂ©truite du dehors sans s'ĂȘtre tout d'abord ruinĂ©e elle-mĂȘme, aucun empire n'est conquis de l'extĂ©rieur qu'il ne se soit prĂ©alablement suicidĂ©". Il ne s'agit plus, cette fois, d'un "suicide français" c'est une civilisation entiĂšre qui est poussĂ©e vers la sortie. Les barbares rappelons encore une fois que ce mot grec signifiait, Ă  l'origine, "ceux qui ne parlent pas grec" ont Ă©tĂ© invitĂ©s dans l'empire. Plus d'un million d'immigrĂ©s des Goths, des Huns, des Alains, des Vandales sont entrĂ©s pacifiquement en deçà du limes, cette ligne de fortifications naturelles Rhin et Danube ou artificielles qui jalonnait la frontiĂšre nord de l'empire. Ils sont venus faire Ă  Rome toutes sortes de mĂ©tiers, Ă  commencer par celui des armes aprĂšs l'Ă©dit de Caracalla 212 qui donnait la citoyennetĂ© romaine Ă  tous les habitants de l'empire, les candidats Ă  l'enrĂŽlement se sont rarĂ©fiĂ©s - puisqu'on n'avait plus besoin d'avoir recours Ă  un trĂšs long service sous les aigles romaines pour acquĂ©rir une citoyennetĂ© que l'on vous avait dĂ©cernĂ©e d'emblĂ©e. D'oĂč la nĂ©cessitĂ© de faire appel Ă  des mercenaires les Huns, ces Asiates, qui ont poussĂ© devant eux les multiples peuplades effarĂ©es de leur fĂ©rocitĂ©, ont Ă©tĂ© Ă  maintes reprises des auxiliaires prĂ©cieux des armĂ©es romaines, avant de leur tailler des croupiĂšres pour leur compte. L'empire Ă©tait trop beau, il avait, comme dit Giraudoux, "des dieux et des lĂ©gumes trop dorĂ©s" pour ne pas faire envie Ă  des tribus qui vivaient de rapines dans des steppes et des fondriĂšres. Évidemment, ces Ă©trangers infiltrĂ©s, bien qu'ils se soient parfois romanisĂ©s Ă  l'extrĂȘme, ont accueilli favorablement leurs anciens congĂ©nĂšres lorsqu'Ă  partir de la fin du IVe siĂšcle les frontiĂšres ont commencĂ© Ă  craquer de toutes parts. Si cela vous Ă©voque quelque chose et si vous pensez soudain que l'Ă©tude de l'histoire est pleine d'enseignements politiques pour le temps prĂ©sent, ce n'est pas ma faute. Ni celle de l'auteur. Des rapprochements qui se font tout seuls Michel De Jaeghere n'a pas besoin d'inciter aux rapprochements ils se font tout seuls. Les Romains ne font plus d'enfants, contrairement aux barbares. De grands latifundiaires ont accaparĂ© l'essentiel des richesses, et envoyĂ© dans les villes des foules dĂ©sƓuvrĂ©es et affamĂ©es. Le manque de bras explique le recours Ă  l'immigration, et Ă  la servitude volontaire de barbares qui travaillent les champs de leurs nouveaux patrons avant de s'en rendre maĂźtres. L'Ă©cole romaine n'est plus accessible qu'Ă  des Ă©lites, le reste de la plĂšbe parle une langue de jour en jour plus corrompue. Les intĂ©rĂȘts individuels l'emportent sur l'intĂ©rĂȘt collectif. Si les appareils photo existaient Ă  l'Ă©poque, les Romains de la dĂ©cadence ne feraient plus que des selfies. Et surtout, l'empire a atteint une taille critique qui le rend indĂ©fendable. L'Empire romain d'Orient a plus de cohĂ©sion - et quand les Arabes, au VIIe siĂšcle, auront conquis l'Égypte, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, il rĂ©sistera longtemps, ramenĂ© Ă  ses frontiĂšres naturelles, aux incursions de l'islam triomphant -, il faudra les Turcs pour qu'il s'effondre tout Ă  fait, 800 ans plus tard. Tout rapport avec une Europe qui s'est gonflĂ©e comme la grenouille de la fable, acceptant dans l'enthousiasme des nouveaux venus qui n'avaient ni les finances ni la culture adĂ©quates, serait bien sĂ»r exagĂ©rĂ©. Un miroir terrifiant Les historiens de profession reprocheront sans doute Ă  Michel De Jaeghere d'ĂȘtre journaliste. Et Ă  moi de cĂ©lĂ©brer - vraiment, il le mĂ©rite - un ouvrage Ă©crit par quelqu'un qui travaille au Figaro et Ă  Valeurs actuelles. Peu me chaut. C'est un remarquable ouvrage, qui se lit comme un roman - le roman de la fin des fins, qui en ce sens nous tend un miroir terrifiant. Je l'ai lu alors que je mettais la derniĂšre main Ă  un livre Ă  sortir Ă  la rentrĂ©e, intitulĂ© Voltaire ou le djihad, et consacrĂ© Ă  la mort de la culture europĂ©enne. J'y ai trouvĂ© de quoi alimenter mes soupçons. Comme disait Platon dans La RĂ©publique "Lorsque les pĂšres s'habituent Ă  laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maĂźtres tremblent devant leurs Ă©lĂšves et prĂ©fĂšrent les flatter, lorsque finalement les jeunes mĂ©prisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus au-dessus d'eux l'autoritĂ© de rien ni de personne, alors c'est lĂ , en toute beautĂ© et en toute jeunesse, le dĂ©but de la tyrannie." Et les grandes invasions peuvent dĂšs lors commencer, l'empire ne contre-attaquera plus, il leur a ouvert la porte. Michel De Jaeghere, Les Derniers jours- La fin de l'Empire romain d'Occident, Les Belles Lettres, 2014. Je m'abonne Tous les contenus du Point en illimitĂ© Vous lisez actuellement Brighelli - De quoi meurent les civilisations ? Rire - Les grands textes des Grecs et des Romains Amusons-nous avec les textes, prĂ©sentĂ©s dans ce Point RĂ©fĂ©rences par les meilleurs spĂ©cialistes de la littĂ©rature grecque et latine. GrĂące Ă  eux, le contexte historique et biographique des “private jokes” antiques devient clair, les subtilitĂ©s de la langue et de la mĂ©trique, aisĂ©es Ă  comprendre. 17 Commentaires Commenter Vous ne pouvez plus rĂ©agir aux articles suite Ă  la soumission de contributions ne rĂ©pondant pas Ă  la charte de modĂ©ration du Point. Vous ne pouvez plus rĂ©agir aux articles suite Ă  la soumission de contributions ne rĂ©pondant pas Ă  la charte de modĂ©ration du Point. 8 Vers une civilisation planĂ©taire. Nous savons dĂ©sormais que les civilisations naissent, croissent, vieillissent, et meurent. Et comme le disait fort justement ValĂ©ry, «Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ». C’est une rĂ©alitĂ© qui semble inĂ©luctable. Cependant, en ce dĂ©but de XXIĂšmesiĂšcle
Paul ValĂ©ry - "Oeuvres, tome 1", Ed PlĂ©iade, 1957, pp991-2, in "Essais quasi-politiques", La crise de l'espritTete coupee, moine et trois esprits Odilon Redon, 1878 - La faille humaine se montre nue La civilisation europĂ©enne d'avant 1914 Ă©tait dĂ©jĂ  atteinte par la crise de l'esprit une culture aussi dissonante et hĂ©tĂ©rogĂšne ne pouvait subsister La faille humaine se montre nue Pour l'acquĂ©rir, cliquez sur le livre Il s'agit du texte fameux de Paul ValĂ©ry qui commence par la phrase "Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles". Le texte a Ă©tĂ© Ă©crit en 1919, la civilisation dont il s'agit est celle de l'Europe. Nous, ce sont les modernes, et maintenant, c'est ce qui vient aprĂšs la guerre de 14. Que s'est-il passĂ©? Nos immenses navires chargĂ©s de richesse et d'esprit ont fait naufrage. PhĂ©nomĂšnes extraordinaires, rĂ©alisations brusques, dĂ©ceptions brutales. L'Ăąme europĂ©enne, formĂ©e de milliers de penseurs diffĂ©rents, agonise. Crise militaire, Ă©conomique et surtout intellectuelle. La connaissance est impuissante, la science est dĂ©shonorĂ©e, les croyances sont confondues et mĂȘme les sceptiques sont dĂ©sarçonnĂ©s. Les lampes les mieux suspendues sont renversĂ©es. Comment saisir cette crise? Quel est son vĂ©ritable point, sa phase? Qu'est-ce qui caractĂ©rise cette modernitĂ©? Le dĂ©sordre. La culture europĂ©enne est une mixture d'idĂ©es dissemblables et de principes opposĂ©s. Des millions de spectres y coexistent. L'idĂ©e de culture et d'intelligence est pour nous en relation avec l'idĂ©e d'Europe. Tout ou presque en est venu. Mais cette inĂ©galitĂ© par rapport au reste du monde devra se changer en son contraire, car l'Europe est peu peuplĂ©e, et les grands nombres finiront par prĂ©valoir. L'esprit europĂ©en est-il totalement diffusible? Avons-nous quelque libertĂ© contre cette conjuration menaçante? En 1933, ValĂ©ry fait remarquer que la crise de l'esprit se gĂ©nĂ©ralise. MĂȘme la science a renoncĂ© Ă  l'idĂ©al d'unification. Les croyances s'effondrent. La sensibilitĂ© s'Ă©tiole. Des moyens puissants de symbolisation et de graphie rapide tendent Ă  supprimer l'effort de raisonner. Les superstitions se rĂ©pandent. Avec des jouets comme l'automobile, la TSF et le cinĂ©ma, le monde est de plus en plus futile. Nous obĂ©issons au tĂ©lĂ©phone, aux horaires de travail et de transport, aux commandements de l'hygiĂšne et de l'orthographe. La mode entretient une police de l'imitation. Nous avons perdu le loisir de mĂ»rir des oeuvres comparables Ă  celles des siĂšcles passĂ©s. Nous ne croyons plus dans le jugement de la postĂ©ritĂ©. Au total, nous entrons dans l'avenir Ă  reculons. Il est devenu de plus en plus dangereux d'essayer de prĂ©voir l'avenir Ă  partir du passĂ© rĂ©cent le genre humain s'est engagĂ© dans une aventure extraordinaire, mais oĂč le conduit-elle?
Nousautres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Paul Valéry Citations similaires : Nous autres les hommes, nous autres les
TLFi AcadĂ©mie9e Ă©dition AcadĂ©mie8e Ă©dition AcadĂ©mie4e Ă©dition BDLPFrancophonie BHVFattestations DMF1330 - 1500 MORTEL, -ELLE, adj. et − Adj. et − Adj. Qui est sujet Ă  la [En parlant d'un ĂȘtre vivant gĂ©n. un homme] Il y avoit lĂ  devant nous une crĂ©ature mortelle, convaincue de notre immortalitĂ© StaĂ«l,Allemagne, 1810, connais, monsieur, toute l'Ă©tendue de la perte que vous avez faite; mais, enfin, nous sommes tous mortels Jouy,Hermite, 1814, L'homme vint le dernier des animaux, parent de tous, et proche de quelques-uns. Les termes dont on le dĂ©signe encore aujourd'hui marquent son origine on l'appelle humain et mortel. A. France,Vie fleur, 1922, [P. mĂ©ton.]− [En parlant du corps de l'homme] Cette fiĂšvre qui ... gonflait Ă  la briser chaque veine, et dissĂ©quait chaque point de ce corps mortel en des millions de souffrances Dumas pĂšre, Monte-Cristo, 1846, ces griffes lĂ©gĂšres que la moindre douleur imprime sur un visage mortel Mauriac,Journal 1, 1934, [P. oppos. Ă  la partie immatĂ©rielle de l'homme l'Ăąme, l'esprit]RELIG. Corps mortel, chair mortelle. Et, maudissant Don Juan, lui jeta bas Son corps mortel, mais son Ăąme, non pas! Verlaine, ƒuvres compl., Jadis, 1884, DĂ©pouille mortelle, restes mortels. Cadavre. PrĂȘt Ă  dĂ©poser sa dĂ©pouille mortelle dans la terre Ă©trangĂšre Chateaubr.,MĂ©m., 1848, char emportant au PĂšre-Lachaise les restes mortels de Charles Hugo Verlaine, ƒuvres compl., Vingt-sept biogr. E. de Goncourt, 1896, sa dĂ©pouille, son enveloppe mortelle. Mourir. Quand l'Ăąme aura quittĂ© son enveloppe mortelle Maine de Biran,Journal, 1815, [P. oppos. Ă  des ĂȘtres immatĂ©riels dieux, anges] Si les anges daignoient revĂȘtir une forme mortelle pour apparoĂźtre aux hommes, ce seroit sous les traits de Maria Genlis,Chev. Cygne, 1795, est vrai qu'un vers d'HomĂšre ait subitement douĂ© Phidias du sentiment de la majestĂ© des dieux, lui ait appris Ă  la reprĂ©senter vivante Ă  des regards mortels Dusaulx,Voy. BarĂšge, 1796, race mortelle. La race humaine. Je veux ĂȘtre par toi prĂ©sent et favorable Ă  la race mortelle ValĂ©ry,VariĂ©tĂ© III, 1936, [En parlant de la condition de l'Homme] Existence, vie mortelle. Qu'il Ă©toit Ă©tonnant d'oser trouver des conformitĂ©s entre nos jours mortels et les Ă©ternels destins du maĂźtre du monde! Chateaubr.,GĂ©nie, jeudi. Ascension − Quelle belle fin de la vie mortelle de Notre-Seigneur JĂ©sus-Christ! Dupanloup,Journal, 1851, Par lĂ , la phrase de Vinteuil avait, comme tel thĂšme de Tristan par exemple, qui nous reprĂ©sente aussi une certaine acquisition sentimentale, Ă©pousĂ© notre condition mortelle, pris quelque chose d'humain qui Ă©tait assez touchant. Proust,Swann, 1913, Au fig. [En parlant d'un inanimĂ©] Qui peut pĂ©rir, disparaĂźtre. Il y avait tout l'amour dans leurs sourires mais ce n'Ă©tait qu'un pauvre amour mortel Beauvoir,Tous les hommes mort., 1946, Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles; nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d'empires coulĂ©s Ă  pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins descendus au fond inexplorable des siĂšcles... ValĂ©ry,VariĂ©tĂ© III, 1936, − Subst. Être LittĂ©r. Ranime-toi, foible mortel, Ă  ce spectacle actif de la nature Saint-Martin,Homme dĂ©sir, 1790, Quelle est cette Ă©toile qui file, Qui file, file, et disparaĂźt? − Mon enfant, un mortel expire; Son Ă©toile tombe Ă  l'instant. BĂ©ranger,Chans., 1829, Audacieux, aveugle, chĂ©tif, faible, grossier, humble, insensible, fortunĂ©, malheureux, misĂ©rable, pauvre, perfide, vil [En constr. dans des loc. figĂ©es]♩ Une simple mortelle. Une personne comme les autres. AprĂšs tout, Marie n'avait-elle pas Ă©tĂ© une simple mortelle, une faible femme qui avait connu toutes les misĂšres de la vie Montalembert,Ste Élisabeth, 1836, Un heureux mortel. Une personne qui a de la chance. Je vous fĂ©licite, mon cher, vous ĂȘtes un heureux mortel Taine,Notes Paris, 1867, Les mortels. L'ensemble des humains, l'humanitĂ©. La lumiĂšre du jour si chĂšre aux mortels Chateaubr.,Martyrs, 1810, Le commun des mortels. Le plus grand nombre des hommes. M. Godeau ne pouvait plus respirer l'air du commun des mortels qui lui Ă©tait dĂ©parti Jouhandeau,M. Godeau, 1926, − AdjectifA. − Qui cause la mort. J'ai eu la bĂȘtise de consulter un mĂ©decin ... et bien entendu il m'a trouvĂ© trois ou quatre maladies mortelles MĂ©rimĂ©e,Lettres ctessede Montijo, 1841, Quelle, et si fine, et si mortelle, Que soit ta pointe, blonde abeille, Je n'ai, sur ma tendre corbeille, JetĂ© qu'un songe de dentelle. ValĂ©ry,Charmes, 1922, Être mortel Ă , pour qqn, qqc. L'heure oĂč l'ombre est mortelle Au voyageur suant qui s'arrĂȘte sous elle Barbier,Ïambes, 1840, Accident, breuvage, choc, combat, coup, danger, mal, pĂ©ril mortel; balle, blessure, dose, Ă©manation, maladie, menace, morsure, plaie mortelle.♩ Proverbe. Plaie d'argent n'est pas mortelle. Plaie d'argent n'est pas mortelle, dit-on; mais ces plaies-lĂ  ne peuvent pas avoir d'autre mĂ©decin que le malade Balzac,Illus. perdues, 1843, RELIG. CATHOL. PĂ©chĂ© mortel. PĂ©chĂ© qui enlĂšve Ă  l'Ăąme la grĂące de la vie Ă©ternelle. Ils communient tous les dimanches! Je vous garantis qu'ils n'accepteraient pas de vivre en Ă©tat de pĂ©chĂ© mortel Beauvoir,MĂ©m. j. fille, 1958, − P. hyperb. [CaractĂ©risant un subst. avec une valeur intensive]1. Qui est pĂ©nible, dĂ©sagrĂ©able ou ennuyeux Ă  mourir.− [Le subst. dĂ©signe des circonstances, un Ă©vĂ©nement auquel une pers. est confrontĂ©e] Il y a de cette ville Ă  cette autre dix mortelles lieues heures, deux heures mortelles pour le pauvre amoureux se passĂšrent ainsi, sans que M. MĂŒller vĂźnt Ă  bout de trouver l'Ă©tymologie de ranunculus Karr,Sous tilleuls, 1832, n'est pas de sa faute si je n'ai pas encore pris mal. Elle Ă©tablit dans les wagons des courants d'air mortels Mauriac,GĂ©nitrix, 1923, [Le subst. dĂ©signe le sentiment Ă©prouvĂ© face Ă  un Ă©vĂ©nement pĂ©nible ou ennuyeux] Puisque nous voici ensemble, ma chĂšre, dit-il en s'asseyant sur le sofa, au mortel dĂ©plaisir de Valentine, je suis rĂ©solu de vous entretenir d'une affaire assez importante Sand,Valentine, 1832, DaĂŻdha!!!» s'Ă©cria la foule... C'Ă©tait elle. Qui, sous l'horrible poids d'une angoisse mortelle, Au vague bruit d'enfants, par son coeur entendu, Était sortie au jour Ă  ses pas dĂ©fendu... Lamart.,Chute, 1838, DĂ©goĂ»t, ennui mortel; inquiĂ©tude, tristesse [En parlant d'un sentiment hostile] Qui est si aigu qu'il pourrait ĂȘtre homicide. Antipathie mortelle; ressentiment mortel. En butte Ă  la haine mortelle de ces hommes dont il dĂ©nonçait les crimes Clemenceau,Vers rĂ©paration, 1899, Ennemi mortel. Personne qui en hait une autre ou qui en est profondĂ©ment haĂŻe. Chacun y eĂ»t gardĂ© la parole pendant vingt minutes et fĂ»t restĂ© l'ennemi mortel de son antagoniste dans la discussion Stendhal,Souv. Ă©gotisme, 1832, Qui Ă©voque la mort, qui a les caractĂ©ristiques propres Ă  la mort. À ces mots, une pĂąleur mortelle couvrit le visage de Corinne StaĂ«l,Corinne, 1807, n'entendais aucun bruit. Ce silence mortel finit par m'effrayer si bien que je me levai sur la pointe des pieds nus et marchai vers la clartĂ© Duhamel,Notaire Havre, 1933, et Orth. [mɔ ʀtΔl]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Sens passif sujet Ă  la mort» 1. fin xes. om mortal Passion, Ă©d. D'Arco Silvio Avalle, 339; ca 1160 subst. plusor mortal Eneas, 2285 ds 2. ca 1050 la mortel vithe St Alexis, Ă©d. Chr. Storey, 63; 3. 1269-78 richeces mortex Jean de Meun, Rose, Ă©d. F. Lecoy, 5227. B. Sens actif 1. ca 1100 qui souhaite la mort, qui porte la mort» sun mortel enemi Roland, Ă©d. J. BĂ©dier, 461; ca 1120-50 mortel serpent [Satan] Grant mal fist Adam, I, 2 ds 1155 mortel tirant Wace, Brut, 6131, ibid.; 2. ca 1100 une mortel bataille Roland, 658; id. mortel rage ibid., 747; 1155 mortel hĂ€ine Wace, op. cit., 14410, ibid. 1erquart xiiies. relig. chrĂ©t. pekiĂ© mortal Renclus de Molliens, Miserere, 71, 1, ibid.; 3. 1572 mortel poison Amyot, Hommes illustres, PompĂ©e, 50, Ă©d. GĂ©rard-Walter, ds ƒuvres. C. de mort, concernant la mort» 1130-40 cri mortel Geoffroi Gaimar, Estoire des Engleis, Ă©d. A. Bell, 4421 Li reis criad un cri mortel, L'aneme s'en vait ...; 1174-87 lit mortel ChrĂ©tien de Troyes, Perceval, Ă©d. F. Lecoy, 4816. Empr. au lat. mortalis sujet Ă  la mort, pĂ©rissable; humain, mortel; des mortels» − subst. ĂȘtre humain» − ; mortel, qui donne la mort», spĂ©c. mortale crimen, mortalia delicta pĂ©chĂ© mortel» dans la lang. chrĂ©t. FrĂ©q. abs. littĂ©r. 3398. FrĂ©q. rel. littĂ©r. xixes. a 7739, b 4143; xxes. a 3901, b 3280. Bbg. Henning Mortel, ange et dĂ©mon. Mod. Lang. Notes. 1938,
phénomÚnenouveau depuis deux ou trois siÚcles. Quand Valéry écrit « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles », cest à leuropéenne quil pense. Il pense que la civilisation européenne occupe une situation privilégiée, qui ne va pas durer, et entretient un rapport inégal aux
par Paul ValĂ©ry 1871-1945, La Crise de l’esprit 1919 Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d’empires coulĂ©s Ă  pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins ; descendus au fond inexplorable des siĂšcles avec leurs dieux et leurs lois, leurs acadĂ©mies et leurs sciences pures et appliquĂ©es ; avec leurs grammaires, leurs dictionnaires, leurs classiques, leurs romantiques et leurs symbolistes, leurs critiques et les critiques de leurs critiques. Nous savions bien que toute la terre apparente est faite de cendres, que la cendre signifie quelque chose. Nous apercevions Ă  travers l’épaisseur de l’histoire, les fantĂŽmes d’immenses navires qui furent chargĂ©s de richesse et d’esprit. Nous ne pouvions pas les compter. Mais ces naufrages, aprĂšs tout, n’étaient pas notre affaire. Élam, Ninive, Babylone Ă©taient de beaux noms vagues, et la ruine totale de ces mondes avait aussi peu de signification pour nous que leur existence mĂȘme. Mais France, Angleterre, Russie
 ce seraient aussi de beaux noms. Lusitania aussi est un beau nom. Et nous voyons maintenant que l’abĂźme de l’histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu’une civilisation a la mĂȘme fragilitĂ© qu’une vie. Les circonstances qui enverraient les oeuvres de Keats et celles de Baudelaire rejoindre les oeuvres de MĂ©nandre ne sont plus du tout inconcevables elles sont dans les journaux. ⁂ Ce n’est pas tout. La brĂ»lante leçon est plus complĂšte encore. Il n’a pas suffi Ă  notre gĂ©nĂ©ration d’apprendre par sa propre expĂ©rience comment les plus belles choses et les plus antiques, et les plus formidables et les mieux ordonnĂ©es sont pĂ©rissables par accident ; elle a vu, dans l’ordre de la pensĂ©e, du sens commun, et du sentiment, se produire des phĂ©nomĂšnes extraordinaires, des rĂ©alisations brusques de paradoxes, des dĂ©ceptions brutales de l’évidence. Je n’en citerai qu’un exemple les grandes vertus des peuples allemands ont engendrĂ© plus de maux que l’oisivetĂ© jamais n’a créé de vices. Nous avons vu, de nos yeux vu, le travail consciencieux, l’instruction la plus solide, la discipline et l’application les plus sĂ©rieuses, adaptĂ©s Ă  d’épouvantables desseins. Tant d’horreurs n’auraient pas Ă©tĂ© possibles sans tant de vertus. Il a fallu, sans doute, beaucoup de science pour tuer tant d’hommes, dissiper tant de biens, anĂ©antir tant de villes en si peu de temps ; mais il a fallu non moins de qualitĂ©s morales. Savoir et Devoir, vous ĂȘtes donc suspects ? ⁂ Ainsi la PersĂ©polis spirituelle n’est pas moins ravagĂ©e que la Suse matĂ©rielle. Tout ne s’est pas perdu, mais tout s’est senti pĂ©rir. Un frisson extraordinaire a couru la moelle de l’Europe. Elle a senti, par tous ses noyaux pensants, qu’elle ne se reconnaissait plus, qu’elle cessait de se ressembler, qu’elle allait perdre conscience — une conscience acquise par des siĂšcles de malheurs supportables, par des milliers d’hommes du premier ordre, par des chances gĂ©ographiques, ethniques, historiques innombrables. Alors, — comme pour une dĂ©fense dĂ©sespĂ©rĂ©e de son ĂȘtre et de son avoir physiologiques, toute sa mĂ©moire lui est revenue confusĂ©ment. Ses grands hommes et ses grands livres lui sont remontĂ©s pĂȘle-mĂȘle. Jamais on n’a tant lu, ni si passionnĂ©ment que pendant la guerre demandez aux libraires. Jamais on n’a tant priĂ©, ni si profondĂ©ment demandez aux prĂȘtres. On a Ă©voquĂ© tous les sauveurs, les fondateurs, les protecteurs, les martyrs, les hĂ©ros, les pĂšres des patries, les saintes hĂ©roĂŻnes, les poĂštes nationaux
 Et dans le mĂȘme dĂ©sordre mental, Ă  l’appel de la mĂȘme angoisse, l’Europe cultivĂ©e a subi la reviviscence rapide de ses innombrables pensĂ©es dogmes, philosophies, idĂ©aux hĂ©tĂ©rogĂšnes ; les trois cents maniĂšres d’expliquer le Monde, les mille et une nuances du christianisme, les deux douzaines de positivismes tout le spectre de la lumiĂšre intellectuelle a Ă©talĂ© ses couleurs incompatibles, Ă©clairant d’une Ă©trange lueur contradictoire l’agonie de l’ñme europĂ©enne. Tandis que les inventeurs cherchaient fiĂ©vreusement dans leurs images, dans les annales des guerres d’autrefois, les moyens de se dĂ©faire des fils de fer barbelĂ©s, de dĂ©jouer les sous-marins ou de paralyser les vols des avions, l’ñme invoquait Ă  la fois toutes les puissances transcendantes, prononçait toutes les incantations qu’elle savait, considĂ©rait sĂ©rieusement les plus bizarres prophĂ©ties ; elle se cherchait des refuges, des indices, des consolations dans le registre entier des souvenirs, des actes antĂ©rieurs, des attitudes ancestrales. Et ce sont lĂ  les produits connus de l’anxiĂ©tĂ©, les entreprises dĂ©sordonnĂ©es du cerveau qui court du rĂ©el au cauchemar et retourne du cauchemar au rĂ©el, affolĂ© comme le rat tombĂ© dans la trappe
 La crise militaire est peut-ĂȘtre finie. La crise Ă©conomique est visible dans toute sa force ; mais la crise intellectuelle, plus subtile, et qui, par sa nature mĂȘme, prend les apparences les plus trompeuses puisqu’elle se passe dans le royaume mĂȘme de la dissimulation, cette crise laisse difficilement saisir son vĂ©ritable point, sa phase. Personne ne peut dire ce qui demain sera mort ou vivant en littĂ©rature, en philosophie, en esthĂ©tique. Nul ne sait encore quelles idĂ©es et quels modes d’expression seront inscrits sur la liste des pertes, quelles nouveautĂ©s seront proclamĂ©es. L’espoir, certes, demeure et chante Ă  demi-voix Et cum vorandi vicerit libidinem Late triumphet imperator spiritus Mais l’espoir n’est que la mĂ©fiance de l’ĂȘtre Ă  l’égard des prĂ©visions prĂ©cises de son esprit. Il suggĂšre que toute conclusion dĂ©favorable Ă  l’ĂȘtre doit ĂȘtre une erreur de son esprit. Les faits, pourtant, sont clairs et impitoyables. Il y a des milliers de jeunes Ă©crivains et de jeunes artistes qui sont morts. Il y a l’illusion perdue d’une culture europĂ©enne et la dĂ©monstration de l’impuissance de la connaissance Ă  sauver quoi que ce soit ; il y a la science, atteinte mortellement dans ses ambitions morales, et comme dĂ©shonorĂ©e par la cruautĂ© de ses applications ; il y a l’idĂ©alisme, difficilement vainqueur, profondĂ©ment meurtri, responsable de ses rĂȘves ; le rĂ©alisme déçu, battu, accablĂ© de crimes et de fautes ; la convoitise et le renoncement Ă©galement bafouĂ©s ; les croyances confondues dans les camps, croix contre croix, croissant contre croissant ; il y a les sceptiques eux-mĂȘmes dĂ©sarçonnĂ©s par des Ă©vĂ©nements si soudains, si violents, si Ă©mouvants, et qui jouent avec nos pensĂ©es comme le chat avec la souris, — les sceptiques perdent leurs doutes, les retrouvent, les reperdent, et ne savent plus se servir des mouvements de leur esprit. L’oscillation du navire a Ă©tĂ© si forte que les lampes les mieux suspendues se sont Ă  la fin renversĂ©es. ⁂ Ce qui donne Ă  la crise de l’esprit sa profondeur et sa gravitĂ©, c’est l’état dans lequel elle a trouvĂ© le patient. Je n’ai ni le temps ni la puissance de dĂ©finir l’état intellectuel de l’Europe en 1914. Et qui oserait tracer un tableau de cet Ă©tat ? Le sujet est immense ; il demande des connaissances de tous les ordres, une information infinie. Lorsqu’il s’agit, d’ailleurs, d’un ensemble aussi complexe, la difficultĂ© de reconstituer le passĂ©, mĂȘme le plus rĂ©cent, est toute comparable Ă  la difficultĂ© de construire l’avenir, mĂȘme le plus proche ; ou plutĂŽt, c’est la mĂȘme difficultĂ©. Le prophĂšte est dans le mĂȘme sac que l’historien. Laissons-les-y. Mais je n’ai besoin maintenant que du souvenir vague et gĂ©nĂ©ral de ce qui se pensait Ă  la veille de la guerre, des recherches qui se poursuivaient, des Ɠuvres qui se publiaient. Si donc je fais abstraction de tout dĂ©tail, et si je me borne Ă  l’impression rapide, et Ă  ce total naturel que donne une perception instantanĂ©e, je ne vois — rien ! — Rien, quoique ce fĂ»t un rien infiniment riche. Les physiciens nous enseignent que dans un four portĂ© Ă  l’incandescence, si notre Ɠil pouvait subsister, il ne verrait — rien. Aucune inĂ©galitĂ© lumineuse ne demeure et ne distingue les points de l’espace. Cette formidable Ă©nergie enfermĂ©e aboutit Ă  l’invisibilitĂ©, Ă  l’égalitĂ© insensible. Or, une Ă©galitĂ© de cette espĂšce n’est autre chose que le dĂ©sordre Ă  l’état parfait. Et de quoi Ă©tait fait ce dĂ©sordre de notre Europe mentale ? — De la libre coexistence dans tous les esprits cultivĂ©s des idĂ©es les plus dissemblables, des principes de vie et de connaissance les plus opposĂ©s. C’est lĂ  ce qui caractĂ©rise une Ă©poque moderne. Je ne dĂ©teste pas de gĂ©nĂ©raliser la notion de moderne, et de donner ce nom Ă  certain mode d’existence, au lieu d’en faire un pur synonyme de contemporain. Il y a dans l’histoire des moments et des lieux oĂč nous pourrions nous introduire, nous modernes, sans troubler excessivement l’harmonie de ces temps-lĂ , et sans y paraĂźtre des objets infiniment curieux, infiniment visibles, des ĂȘtres choquants, dissonants, inassimilables. OĂč notre entrĂ©e ferait le moins de sensation, lĂ  nous sommes presque chez nous. Il est clair que la Rome de Trajan, et que l’Alexandrie des PtolĂ©mĂ©es nous absorberaient plus facilement que bien des localitĂ©s moins reculĂ©es dans le temps, mais plus spĂ©cialisĂ©es dans un seul type de mƓurs et entiĂšrement consacrĂ©es Ă  une seule race, Ă  une seule culture et Ă  un seul systĂšme de vie. Eh bien! l’Europe de 1914 Ă©tait peut-ĂȘtre arrivĂ©e Ă  la limite de ce modernisme. Chaque cerveau d’un certain rang Ă©tait un carrefour pour toutes les races de l’opinion ; tout penseur, une exposition universelle de pensĂ©es. Il y avait des Ɠuvres de l’esprit dont la richesse en contrastes et en impulsions contradictoires faisait penser aux effets d’éclairage insensĂ© des capitales de ce temps-lĂ  les yeux brĂ»lent et s’ennuient
 Combien de matĂ©riaux, combien de travaux, de calculs, de siĂšcles spoliĂ©s, combien de vies hĂ©tĂ©rogĂšnes additionnĂ©es a-t-il fallu pour que ce carnaval fĂ»t possible et fĂ»t intronisĂ© comme forme de la suprĂȘme sagesse et triomphe de l’humanitĂ© ? ⁂ Dans tel livre de cette Ă©poque — et non des plus mĂ©diocres — on trouve, sans aucun effort — une influence des ballets russes, — un peu du style sombre de Pascal, — beaucoup d’impressions du type Goncourt, quelque chose de Nietzsche, — quelque chose de Rimbaud, — certains effets dus Ă  la frĂ©quentation des peintres, et parfois le ton des publications scientifiques, — le tout parfumĂ© d’un je ne sais quoi de britannique difficile Ă  doser !
 Observons, en passant, que dans chacun des composants de cette mixture, on trouverait bien d’autres corps. Inutile de les rechercher ce serait rĂ©pĂ©ter ce que je viens de dire sur le modernisme, et faire toute l’histoire mentale de l’Europe. ⁂ Maintenant, sur une immense terrasse d’Elsinore, qui va de BĂąle Ă  Cologne, qui touche aux sables de Nieuport, aux marais de la Somme, aux craies de Champagne, aux granits d’Alsace, — l’Hamlet europĂ©en regarde des millions de spectres. Mais il est un Hamlet intellectuel. Il mĂ©dite sur la vie et la mort des vĂ©ritĂ©s. Il a pour fantĂŽmes tous les objets de nos controverses ; il a pour remords tous les titres de notre gloire ; il est accablĂ© sous le poids des dĂ©couvertes, des connaissances, incapable de se reprendre Ă  cette activitĂ© illimitĂ©e. Il songe Ă  l’ennui de recommencer le passĂ©, Ă  la folie de vouloir innover toujours. Il chancelle entre les deux abĂźmes, car deux dangers ne cessent de menacer le monde l’ordre et le dĂ©sordre. S’il saisit un crĂąne, c’est un crĂąne illustre. — Whose was it ? — Celui-ci fut Lionardo. Il inventa l’homme volant, mais l’homme volant n’a pas prĂ©cisĂ©ment servi les intentions de l’inventeur nous savons que l’homme volant montĂ© sur son grand cygne il grande uccello sopra del dosso del suo magnio cecero a, de nos jours, d’autres emplois que d’aller prendre de la neige Ă  la cime des monts pour la jeter, pendant les jours de chaleur, sur le pavĂ© des villes
 Et cet autre crĂąne est celui de Leibniz qui rĂȘva de la paix universelle. Et celui-ci fut Kant, Kant qui genuit Hegel, qui genuit Marx, qui genuit
 Hamlet ne sait trop que faire de tous ces crĂąnes. Mais s’il les abandonne !
 Va-t-il cesser d’ĂȘtre lui-mĂȘme ? Son esprit affreusement clairvoyant contemple le passage de la guerre Ă  la paix. Ce passage est plus obscur, plus dangereux que le passage de la paix Ă  la guerre ; tous les peuples en sont troublĂ©s. Et Moi, se dit-il, moi, l’intellect europĂ©en, que vais-je devenir ?
 Et qu’est-ce que la paix ? La paix est peut-ĂȘtre, l’état de choses dans lequel l’hostilitĂ© naturelle des hommes entre eux se manifeste par des crĂ©ations, au lieu de se traduire par des destructions comme fait la guerre. C’est le temps d’une concurrence crĂ©atrice, et de la lutte des productions. Mais Moi, ne suis-je pas fatiguĂ© de produire ? N’ai-je pas Ă©puisĂ© le dĂ©sir des tentatives extrĂȘmes et n’ai-je pas abusĂ© des savants mĂ©langes ? Faut-il laisser de cĂŽtĂ© mes devoirs difficiles et mes ambitions transcendantes ? Dois-je suivre le mouvement et faire comme Polonius, qui dirige maintenant un grand journal ? comme Laertes qui est quelque part dans l’aviation ? comme Rosenkrantz, qui fait je ne sais quoi sous un nom russe ? Adieu, fantĂŽmes ! Le monde n’a plus besoin de vous. Ni de moi. Le monde qui baptise du nom de progrĂšs sa tendance Ă  une prĂ©cision fatale, cherche Ă  unir aux bienfaits de la vie les avantages de la mort. Une certaine confusion rĂšgne encore, mais encore un peu de temps et tout s’éclaircira ; nous verrons enfin apparaĂźtre le miracle d’une sociĂ©tĂ© animale, une parfaite et dĂ©finitive fourmiliĂšre. »
Nousautres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Paul ValĂ©ry. Contexte historique : 1919. Paul VALÉRY (1871-1945), La Crise de l’esprit (1919). PremiĂšre Guerre mondiale, Ă©pilogue. Mot cĂ©lĂšbre et prophĂ©tique d’un intellectuel trĂšs Ă©coutĂ©, sinon toujours bien compris. Pessimiste, sa vision de l

ï»żNous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d’empires coulĂ©s Ă  pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins ; descendus au fond inexplorable des siĂšcles avec leurs dieux et leurs lois, leurs acadĂ©mies et leurs sciences pures et appliquĂ©es, avec leurs grammaires, leurs dictionnaires, leurs classiques, leurs romantiques et leurs symbolistes, leurs critiques et les critiques de leurs critiques. Nous savions bien que toute la terre apparente est faite de cendres, que la cendre signifie quelque chose. Nous apercevions Ă  travers l’épaisseur de l’histoire, les fantĂŽmes d’immenses navires qui furent chargĂ©s de richesse et d’esprit. Nous ne pouvions pas les compter. Mais ces naufrages, aprĂšs tout, n’étaient pas notre Ninive, Babylone Ă©taient de beaux noms vagues, et la ruine totale de ces mondes avait aussi peu de signification pour nous que leur existence mĂȘme. Mais France, Angleterre, Russie... ce seraient aussi de beaux noms. Lusitania aussi est un beau nom. Et nous voyons maintenant que l’abĂźme de l’histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu’une civilisation a la mĂȘme fragilitĂ© qu’une vie. Les circonstances qui enverraient les Ɠuvres de Keats et celles de Baudelaire rejoindre les oeuvres de MĂ©nandre ne sont plus du tout inconcevables elles sont dans les n’est pas tout. La brĂ»lante leçon est plus complĂšte encore. Il n’a pas suffi Ă  notre gĂ©nĂ©ration d’apprendre par sa propre expĂ©rience comment les plus belles choses et les plus antiques, et les plus formidables et les mieux ordonnĂ©es sont pĂ©rissables par accident ; elle a vu, dans l’ordre de la pensĂ©e, du sens commun, et du sentiment, se produire des phĂ©nomĂšnes extraordinaires, des rĂ©alisations brusques de paradoxes, des dĂ©ceptions brutales de l’ n’en citerai qu’un exemple les grandes vertus des peuples allemands ont engendrĂ© plus de maux que l’oisivetĂ© jamais n’a créé de vices. Nous avons vu, de nos yeux vu, le travail consciencieux, l’instruction la plus solide, la discipline et l’application les plus sĂ©rieuses, adaptĂ©s Ă  d’épouvantables d’horreurs n’auraient pas Ă©tĂ© possibles sans tant de vertus. Il a fallu, sans doute, beaucoup de science pour tuer tant d’hommes, dissiper tant de biens, anĂ©antir tant de villes en si peu de temps ; mais il a fallu non moins de qualitĂ©s morales. Savoir et Devoir, vous ĂȘtes donc suspects ?Ainsi la PersĂ©polis spirituelle n’est pas moins ravagĂ©e que la Suse matĂ©rielle. Tout ne s’est pas perdu, mais tout s’est senti frisson extraordinaire a couru la moelle de l’Europe. Elle a senti, par tous ses noyaux pensants, qu’elle ne se reconnaissait plus, qu’elle cessait de se ressembler, qu’elle allait perdre conscience — une conscience acquise par des siĂšcles de malheurs supportables, par des milliers d’hommes du premier ordre, par des chances gĂ©ographiques, ethniques, historiques — comme pour une dĂ©fense dĂ©sespĂ©rĂ©e de son ĂȘtre et de son avoir physiologiques, toute sa mĂ©moire lui est revenue confusĂ©ment. Ses grands hommes et ses grands livres lui sont remontĂ©s pĂȘle-mĂȘle. Jamais on n’a tant lu, ni si passionnĂ©ment que pendant la guerre demandez aux libraires. Jamais on n’a tant priĂ©, ni si profondĂ©ment demandez aux prĂȘtres. On a Ă©voque tous les sauveurs, les fondateurs, les protecteurs, les martyrs, les hĂ©ros, les pĂšres des patries, les saintes hĂ©roĂŻnes, les poĂštes nationaux...Et dans le mĂȘme dĂ©sordre mental, Ă  l’appel de la mĂȘme angoisse, l’Europe cultivĂ©e a subi la reviviscence rapide de ses innombrables pensĂ©es dogmes, philosophies, idĂ©aux hĂ©tĂ©rogĂšnes ; les trois cents maniĂšres d’expliquer le Monde, les mille et une nuances du christianisme, les deux douzaines de positivismes tout le spectre de la lumiĂšre intellectuelle a Ă©talĂ© ses couleurs incompatibles, Ă©clairant d’une Ă©trange lueur contradictoire l’agonie de l’ñme europĂ©enne. Tandis que les inventeurs cherchaient fiĂ©vreusement dans leurs images, dans les annales des guerres d’autrefois, les moyens de se dĂ©faire des fils de fer barbelĂ©s, de dĂ©jouer les sous-marins ou de paralyser les vols d’avions, l’ñme invoquait Ă  la fois toutes les incantations qu’elle savait, considĂ©rait sĂ©rieusement les plus bizarres prophĂ©ties ; elle se cherchait des refuges, des indices, des consolations dans le registre entier des souvenirs, des actes antĂ©rieurs, des attitudes ancestrales. Et ce sont lĂ  les produits connus de l’anxiĂ©tĂ©, les entreprises dĂ©sordonnĂ©es du cerveau qui court du rĂ©el au cauchemar et retourne du cauchemar au rĂ©el, affolĂ© comme le rat tombĂ© dans la trappe...La crise militaire est peut-ĂȘtre finie. La crise Ă©conomique est visible dans toute sa force ; mais la crise intellectuelle, plus subtile, et qui, par sa nature mĂȘme, prend les apparences les plus trompeuses puisqu’elle se passe dans le royaume mĂȘme de la dissimulation, cette crise laisse difficilement saisir son vĂ©ritable point, sa ne peut dire ce qui demain sera mort ou vivant en littĂ©rature, en philosophie, en esthĂ©tique. Nul ne sait encore quelles idĂ©es et quels modes d’expression seront inscrits sur la liste des pertes, quelles nouveautĂ©s seront certes, demeure et chante Ă  demi-voix Mais l’espoir n’est que la mĂ©fiance de l’ĂȘtre Ă  l’égard des prĂ©visions prĂ©cises de son esprit. Il suggĂšre que toute conclusion dĂ©favorable Ă  l’ĂȘtre doit ĂȘtre une erreur de son esprit. Les faits, pourtant, sont clairs et impitoyables. Il y a des milliers de jeunes Ă©crivains et de jeunes artistes qui sont morts. Il y a l’illusion perdue d’une culture europĂ©enne et la dĂ©monstration de l’impuissance de la connaissance Ă  sauver quoi que ce soit ; il y a la science, atteinte mortellement dans ses ambitions morales, et comme dĂ©shonorĂ©e par la cruautĂ© de ses applications ; il y a l’idĂ©alisme, difficilement vainqueur, profondĂ©ment meurtri, responsable de ses rĂȘves ; le rĂ©alisme déçu, battu, accablĂ© de crimes et de fautes ; la convoitise et le renoncement Ă©galement bafouĂ©s ; les croyances confondues dans les camps, croix contre croix, croissant contre croissant ; il y a les sceptiques eux-mĂȘmes dĂ©sarçonnĂ©s par des Ă©vĂ©nements si soudains, si violents, si Ă©mouvants, et qui jouent avec nos pensĂ©es comme le chat avec la souris, — les sceptiques perdent leurs doutes, les retrouvent, les reperdent, et ne savent plus se servir des mouvements de leur du navire a Ă©tĂ© si forte que les lampes les mieux suspendues se sont Ă  la fin qui donne Ă  la crise de l’esprit sa profondeur et sa gravitĂ©, c’est l’état dans lequel elle a trouvĂ© le n’ai ni le temps ni la puissance de dĂ©finir l’état intellectuel de l’Europe en 1914. Et qui oserait tracer un tableau de cet Ă©tat ? Le sujet est immense ; il demande des connaissances de tous les ordres, une information infinie. Lorsqu’il s’agit, d’ailleurs, d’un ensemble aussi complexe, la difficultĂ© de reconstituer le passĂ©, mĂȘme le plus rĂ©cent, est toute comparable Ă  la difficultĂ© de construire l’avenir, mĂȘme le plus proche ; ou plutĂŽt, c’est la mĂȘme difficultĂ©. Le prophĂšte est dans le mĂȘme sac que l’historien. je n’ai besoin maintenant que du souvenir vague et gĂ©nĂ©ral de ce qui se pensait Ă  la veille de la guerre, des recherches qui se poursuivaient, des Ɠuvres qui se donc je fais abstraction de tout dĂ©tail et si je me borne Ă  l’impression rapide, et Ă  ce total naturel que donne une perception instantanĂ©e, je ne vois — rien ! — Rien, quoique ce fĂ»t un rien infiniment physiciens nous enseignent que dans un four portĂ© Ă  l’incandescence, si notre Ɠil pouvait subsister, il ne verrait — rien. Aucune inĂ©galitĂ© lumineuse ne demeure et ne distingue les points de l’espace. Cette formidable Ă©nergie enfermĂ©e aboutit Ă  l’invisibilitĂ©, Ă  l’égalitĂ© insensible. Or, une Ă©galitĂ© de cette espĂšce n’est autre chose que le dĂ©sordre Ă  l’état de quoi Ă©tait fait ce dĂ©sordre de notre Europe mentale ? — De la libre coexistence dans tous les esprits cultivĂ©s des idĂ©es les plus dissemblables, des principes de vie et de connaissance les plus opposĂ©s. C’est lĂ  ce qui caractĂ©rise une Ă©poque ne dĂ©teste pas de gĂ©nĂ©raliser la notion de moderne et de donner ce nom Ă  certain mode d’existence, au lieu d’en faire un pur synonyme de contemporain. Il y a dans l’histoire des moments et des lieux oĂč nous pourrions nous introduire, nous modernes, sans troubler excessivement l’harmonie de ces temps-lĂ , et sans y paraĂźtre des objets infiniment curieux, infiniment visibles, des ĂȘtres choquants, dissonants, inassimilables. OĂč notre entrĂ©e ferait le moins de sensation, lĂ  nous sommes presque chez nous. Il est clair que la Rome de Trajan, et que l’Alexandrie des PtolĂ©mĂ©es nous absorberaient plus facilement que bien des localitĂ©s moins reculĂ©es dans le temps, mais plus spĂ©cialisĂ©es dans un seul type de mƓurs et entiĂšrement consacrĂ©es Ă  une seule race, Ă  une seule culture et Ă  un seul systĂšme de bien! l’Europe de 1914 Ă©tait peut-ĂȘtre arrivĂ©e Ă  la limite de ce modernisme. Chaque cerveau d’un certain rang Ă©tait un carrefour pour toutes les races de l’opinion ; tout penseur, une exposition universelle de pensĂ©es. Il y avait des Ɠuvres de l’esprit dont la richesse en contrastes et en impulsions contradictoires faisait penser aux effets d’éclairage insensĂ© des capitales de ce temps-lĂ  les yeux brĂ»lent et s’ennuient... Combien de matĂ©riaux, combien de travaux, de calculs, de siĂšcles spoliĂ©s, combien de vies hĂ©tĂ©rogĂšnes additionnĂ©es a-t-il fallu pour que ce carnaval fĂ»t possible et fĂ»t intronisĂ© comme forme de la suprĂȘme sagesse et triomphe de l’humanitĂ© ?Dans tel livre de cette Ă©poque — et non des plus mĂ©diocres — on trouve, sans aucun effort — une influence des ballets russes, — un peu du style sombre de Pascal, — beaucoup d’impressions du type Goncourt, quelque chose de Nietzsche, — quelque chose de Rimbaud, — certains effets dus Ă  la frĂ©quentation des peintres, et parfois le ton des publications scientifiques, — le tout parfumĂ© d’un je ne sais quoi de britannique difficile Ă  doser !... Observons, en passant, que dans chacun des composants de cette mixture, on trouverait bien d’autres corps. Inutile de les rechercher ce serait rĂ©pĂ©ter ce que je viens de dire sur le modernisme, et faire toute l’histoire mentale de l’ sur une immense terrasse d’Elsinore, qui va de BĂąle Ă  Cologne, qui touche aux sables de Nieuport, aux marais de la Somme, aux craies de Champagne, aux granits d’Alsace, — l’Hamlet europĂ©en regarde des millions de il est un Hamlet intellectuel. Il mĂ©dite sur la vie et la mort des vĂ©ritĂ©s. Il a pour fantĂŽmes tous les objets de nos controverses ; il a pour remords tous les titres de notre gloire ; il est accablĂ© sous le poids des dĂ©couvertes, des connaissances, incapable de se reprendre Ă  cette activitĂ© illimitĂ©e. Il songe Ă  l’ennui de recommencer le passĂ©, Ă  la folie de vouloir innover toujours. Il chancelle entre les deux abĂźmes, car deux dangers ne cessent de menacer le monde l’ordre et le saisit un crĂąne, c’est un crĂąne illustre. — Whose was it ? — Celui-ci fut Lionardo. Il inventa l’homme volant, mais l’homme volant n’a pas prĂ©cisĂ©ment servi les intentions de l’inventeur nous savons que l’homme volant montĂ© sur son grand cygne il grande uccello sopra del dosso del suo magnio cecero a, de nos jours, d’autres emplois que d’aller prendre de la neige Ă  la cime des monts pour la jeter, pendant les jours de chaleur, sur le pavĂ© des villes... Et cet autre crĂąne est celui de Leibniz qui rĂȘva de la paix universelle. Et celui-ci fut Kant, Kant qui genuit Hegel qui genuit Marx qui genuit...Hamlet ne sait trop que faire de tous ces crĂąnes. Mais s’il les abandonne!... Va-t-il cesser d’ĂȘtre lui-mĂȘme ? Son esprit affreusement clairvoyant contemple le passage de la guerre Ă  la paix. Ce passage est plus obscur, plus dangereux que le passage de la paix Ă  la guerre ; tous les peuples en sont troublĂ©s. Et moi, se dit-il, moi, l’intellect europĂ©en, que vais-je devenir ?... Et qu’est-ce que la paix ? La paix est peut-ĂȘtre, l’état de choses dans lequel l’hostilitĂ© naturelle des hommes entre eux se manifeste par de crĂ©ations, au lieu de se traduire par des destructions comme fait la guerre. C’est le temps d’une concurrence crĂ©atrice, et de la lutte des productions. Mais Moi, ne suis-je pas fatiguĂ© de produire ? N’ai-je pas Ă©puisĂ© le dĂ©sir des tentatives extrĂȘmes et n’ai-je pas abusĂ© des savants mĂ©langes ? Faut-il laisser de cĂŽtĂ© mes devoirs difficiles et mes ambitions transcendantes ? Dois-je suivre le mouvement et faire comme Polonius, qui dirige maintenant un grand journal ? comme Laertes, qui est quelque part dans l’aviation ? comme Rosencrantz, qui fait je ne sais quoi sous un nom russe ?— Adieu, fantĂŽmes ! Le monde n’a plus besoin de vous. Ni de moi. Le monde, qui baptise du nom de progrĂšs sa tendance Ă  une prĂ©cision fatale, cherche Ă  unir aux bienfaits de la vie les avantages de la mort. Une certaine confusion rĂšgne encore, mais encore un peu de temps et tout s’éclaircira ; nous verrons enfin apparaĂźtre le miracle d’une sociĂ©tĂ© animale, une parfaite et dĂ©finitive fourmiliĂšre. »1919

Nousautres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. de Paul Valéry - Découvrez une collection des meilleures citations sur le thÚme
Ennemi, tout ce qui dans notre vie nous nuit, joue contre nous en nous mettant en Ă©chec. Nous n’aimons pas nos ennemis et nous nous efforçons d’échapper Ă  leur pouvoir. Au contraire l’alliĂ© est accueilli avec reconnaissance. Il nous apporte son aide, concourt Ă  nos projets et Ă  nos actions. Ces deux fonctions sont antinomiques et il nous semble naĂŻvement qu’une mĂȘme chose ne peut pas ĂȘtre les deux Ă  la fois. C’est que d’ordinaire l’ambiguĂŻtĂ© nous Ă©chappe or ce qui est en jeu dans cet Ă©noncĂ© c’est prĂ©cisĂ©ment l’ambiguĂŻtĂ© de notre expĂ©rience du temps. Que le temps passe vite ! » Avec le temps va tout s’en va, [
] avec le temps tout fout le camp » se lamente-t-on comme si le temps Ă©tait vĂ©cu comme une malĂ©diction, un adversaire nous confrontant Ă  notre impuissance et suscitant rĂ©volte, dĂ©sespoir voire ressentiment. Mais d’autres expressions attestent du contraire. Fais confiance au temps, il guĂ©rit tout » dit-on parfois. Quel est donc le statut du temps dans l’existence humaine ? Un ennemi seulement ThĂšse ou aussi une chance, la condition de notre libertĂ© et l’occasion de dĂ©ployer les ressources sublimes de notre humanitĂ© AntithĂšse ? Et d’oĂč vient cette ambiguĂŻtĂ© ? DĂ©pend-elle de la nature du temps ou de notre maniĂšre de nous projeter vers lui ? DĂ©passement. Avertissement La problĂ©matique n’exige pas d’affronter la question de la nature du temps. De simples dĂ©finitions opĂ©ratoires suffisent. Il s’agit d’interroger l’expĂ©rience humaine du temps c’est-Ă -dire notre condition dans la mesure oĂč la temporalitĂ© en constitue l’étoffe. Il est donc pertinent de faire rebondir la rĂ©flexion en isolant un aspect du temps et en examinant les diffĂ©rentes maniĂšres de se situer par rapport Ă  lui. Plan et idĂ©es essentielles. I L’écoulement temporel. On dit que le temps passe ou s’écoule. Notre expĂ©rience du temps est celle du changement des ĂȘtres et des choses. Nous nous reprĂ©sentons le temps comme un fleuve emportant tout sur son passage. Un aphorisme d’HĂ©raclite dit Tu ne te baigneras pas deux fois dans le mĂȘme fleuve ». a La fuite du temps est expĂ©rience de la finitude. Le temps nous est comptĂ©, non par un caissier mais par un bourreau. Nous sommes tous des condamnĂ©s Ă  mort en sursis et chaque moment qui passe rapproche de l’échĂ©ance ultime. D’oĂč l’angoisse, compagne fidĂšle de l’existant. b Mais c’est parce que la vie est limitĂ©e, fragile qu’elle a une infinie valeur. Sa puissance d’émotion, son caractĂšre sacrĂ© procĂšde de sa briĂšvetĂ©. Une vie sans fin s’oublierait comme don prĂ©cieux et exposerait Ă  l’ennui. C’est aussi parce que la vie est menacĂ©e qu’il y a une urgence de vivre c’est-Ă -dire de cueillir le jour et d’agir pendant qu’il est temps. Enfin le sablier qui s’écoule est l’aiguillon de la crĂ©ation. HantĂ© par la caractĂšre destructeur du temps l’homme produit des Ɠuvres par lesquelles il cherche Ă  se survivre. Le monument de la culture est un dĂ©fi au temps et Ă  la mort. Il est selon la belle formule de Malraux un antidestin ». a La fuite du temps, c’est le vieillissement, l’essoufflement de la vitalitĂ© juvĂ©nile, les offenses diverses de l’ñge, la perte des illusions. Elle nous confronte Ă  l’inexorable travail d’anĂ©antissement effectuant en nous son Ɠuvre dĂ©lĂ©tĂšre. Or il y a en l’homme une horreur de ce qui dĂ©truit. b Certes mais pour ceux qui ne se contentent pas d’ĂȘtre le terrain oĂč s’effectue la geste destructrice du temps, vieillir est l’occasion d’acquĂ©rir de l’expĂ©rience, de mĂ»rir et de devenir plus sage. De construire aussi, en inscrivant son effort dans une durĂ©e nous liant Ă  ceux qui nous ont prĂ©cĂ©dĂ©s et Ă  ceux qui nous suivront. Le temps est ici le mouvement de l’histoire par lequel l’humanitĂ© qui commence par n’ĂȘtre rien dĂ©ploie progressivement les dispositions de sa nature. On peut donc rendre grĂące au temps d’ĂȘtre la condition du perfectionnement de notre nature ThĂšse kantienne, ou de ce qui est nĂ©cessaire Ă  la raison universelle pour s’incarner dans le rĂ©el ThĂšse hĂ©gĂ©lienne. II L’irrĂ©versibilitĂ© temporelle. Si l’espace peut se parcourir de A en B et de B en A, le temps a une direction. On ne peut jamais revenir en arriĂšre. Il ne se parcourt que dans un seul sens. a Ce qui a Ă©tĂ© n’est plus, d’oĂč la nostalgie des jours heureux. Ce qui est fait ne peut ĂȘtre dĂ©fait. Tous les onguents d’Arabie n’effaceront pas la tĂąche de sang qui souille la main de Lady Macbeth. D’oĂč le regret et le remords. Temps marque de mon impuissance » remarque Jules Lagneau et Nietzsche pointe dans le temps, l’adversaire qui, en enchaĂźnant l’homme Ă  un passĂ© dĂ©finitivement fixĂ©, condamne la volontĂ© Ă  ne pas pouvoir tout vouloir. D’oĂč le poison du ressentiment. Ceci, oui, seul ceci est la vengeance mĂȘme le ressentiment de la volontĂ© contre le temps et son ce fut ». De La rĂ©demption. Ainsi parlait Zarathoustra. b Mais l’expĂ©rience de cette impuissance existentielle peut conduire les hommes Ă  libĂ©rer les ressources les plus sublimes de leur nature. Le pardon, par exemple, comme rĂ©demption possible de la situation d’irrĂ©versibilitĂ© » Hannah Arendt. Condition de l’homme moderne, Pocket, p. 302. La justice comme souci de la rĂ©paration, fĂ»t-elle purement symbolique et surtout le sentiment de responsabilitĂ©. Puisqu’on ne peut pas dĂ©faire ce qui a Ă©tĂ© fait, il importe de bien mesurer les consĂ©quences de ses actes et d’éviter de commettre l’irrĂ©parable. a L’irrĂ©versibilitĂ©, c’est aussi la fatalitĂ© de l’oubli. On est des machines Ă  oublier » vitupĂšre Barbusse dans son roman Le Feu et Proust, ce grand poĂšte de l’oubli, s’obstine Ă  retrouver le temps perdu. C’est que l’oubli abĂźme dans le nĂ©ant ce qui fut ; il expose Ă  recommencer les erreurs passĂ©es ou Ă  perdre le capital des richesses conquises par le travail des hommes, ces richesses que seules la transmission et la mĂ©moire peuvent faire fructifier. b Certes il y a une nĂ©gativitĂ© de l’oubli mais il y a aussi une positivitĂ©. La mĂ©moire est, en effet, dangereuse lorsqu’elle emprisonne l’esprit dans des cadres figĂ©s, rend indisponible au prĂ©sent et Ă  son imprĂ©visible nouveautĂ©, rĂ©active en permanence les blessures passĂ©es et cultive le ressentiment. Le souvenir peut ĂȘtre une plaie purulente dont le bienheureux oubli libĂšre utilement. Il est possible de vivre presque sans souvenir et de vivre heureux, comme le dĂ©montre l’animal, mais il est impossible de vivre sans oublier. Ou plus simplement encore, il y a un degrĂ© d’insomnie, de rumination, de sens historique qui nuit au vivant et qui finit par le dĂ©truire, qu’il s’agisse d’un homme, d’une nation ou d’une civilisation » Nietzsche, ConsidĂ©rations intempestives II, Aubier Montaigne, p. 207. ValĂ©ry de mĂȘme souligne la nocivitĂ© d’une certaine culture de la mĂ©moire et de l’histoire L’Histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l’intellect ait Ă©laborĂ©. Ses propriĂ©tĂ©s sont bien connues. Il fait rĂȘver, il enivre les peuples, leur engendre de faux souvenirs, exagĂšre leurs rĂ©flexes, entretient leurs vieilles plaies, les tourmente dans leur repos, les conduit au dĂ©lire des grandeurs ou Ă , celui de la persĂ©cution, et rend les nations amĂšres, superbes, insupportables et vaines » Regards sur le monde actuel, 1945. Ainsi le temps qui passe apaise les douleurs, Ă©teint les regrets et les remords. Il guĂ©rit les plaies dit la sagesse des nations. III Le temps est ce qui fait que rien ne demeure identique Ă  soi. Tout devient. a Le temps est en ce sens l’ennemi intime de l’homme car celui-ci est habitĂ© par un dĂ©sir d’ĂȘtre ou d’éternitĂ©. F. AlquiĂ© a montrĂ© que ce dĂ©sir prend la forme d’un refus affectif du temps, Ă  l’Ɠuvre dans la passion Je jure de t’aimer Ă©ternellement » s’écrie Juliette, ou d’un refus intellectuel du temps qui est peut-ĂȘtre la vĂ©ritĂ© de la philosophie. Le penseur platonicien fuit les ombres mouvantes de la caverne pour viser l’horizon stable des essences Ă©ternelles. La pensĂ©e grecque oppose ainsi le monde de l’Etre au monde du devenir et enseigne que philosopher consiste Ă  mourir Ă  cette mort de tous les instants qu’est la vie selon le principe matĂ©riel. Par la pensĂ©e, l’homme se sent participer Ă  une dimension d’éternitĂ© l’arrachant au monde du pĂ©rissable, de la finitude et de la contingence, la vie spirituelle s'expĂ©rimentant comme une victoire de tous les instants sur la mort. Spinoza se fait l'Ă©cho de ce vĂ©cu L’esprit humain ne peut ĂȘtre absolument dĂ©truit avec les corps, mais il en subsiste quelque chose qui est Ă©ternel » Ethique, V, Prop. XXIII. Nous sentons et faisons l’épreuve que nous sommes Ă©ternels » Ibid, scolie. Parce que la vĂ©ritĂ© est Ă©trangĂšre au temps, la facultĂ© permettant de la penser s'Ă©prouve elle aussi hors du temps. b Pourtant si tout demeurait identique Ă  soi, l’Etre serait figĂ©. La diversitĂ©, le mouvement, la nouveautĂ©, en un mot la vie, serait immobilisĂ©e dans l’identitĂ© de la mort. Le temps est le cadre dans lequel se dĂ©ploie la richesse crĂ©atrice de la vie et surtout il est la condition de la libertĂ©. L’homme n’a pas d’ĂȘtre, il n’a pas la consistance ou la permanence d’une essence. Il se construit dans le temps. Le devenir est une durĂ©e concrĂšte oĂč s’interpĂ©nĂštrent le passĂ© et l’avenir et oĂč s’invente une personne en charge de son possible et toujours en situation de se faire autre que ce qu’elle a Ă©tĂ©. IV Victoire ultime de la mort. Le temps dĂ©truit tout. Le sage meurt aussi bien que le fou » se lamente l’EcclĂ©siaste et s’il est vrai que l’homme peut conquĂ©rir une immortalitĂ© relative en survivant dans la mĂ©moire des autres, nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles »ValĂ©ry, La Crise de l’esprit. a Cette conscience de l’éternelle caducitĂ© des choses peut ĂȘtre un principe de dĂ©couragement et de dĂ©sespoir. A quoi bon monter jusqu’au soir, poser sa pierre, construire puisqu’au bout du compte tous nos efforts seront rĂ©duits Ă  nĂ©ant ? Kierkegaard remarquait que L’idĂ©e de la mort amĂšne peut-ĂȘtre l’esprit plus profond Ă  un sentiment d’impuissance oĂč il succombe sans ressort » Sur une tombe, in L’existence, PUF, p. 213. C’est le sentiment de l’absurde et son effet dĂ©vastateur souvent. b Mais Ă  l’homme animĂ© de sĂ©rieux, la pensĂ©e de la mort donne l’exacte vitesse Ă  observer dans la vie, et elle lui indique le but oĂč diriger sa course. Et nul arc ne saurait ĂȘtre tendu ni communiquer Ă  la flĂšche sa vitesse comme la pensĂ©e de la mort stimule le vivant dont le sĂ©rieux tend l’énergie. Alors le sĂ©rieux s’empare de l’actuel aujourd’hui mĂȘme, il ne dĂ©daigne aucune tĂąche comme insignifiante ; il n’écarte aucun moment comme trop court ; il travaille de toutes ses forces Ă  plein rendement, prĂȘt cependant Ă  sourire de lui-mĂȘme si son effort se prĂ©tend mĂ©ritoire devant Dieu, et prĂȘt Ă  comprendre en son impuissance qu’un homme n’est rien et qu’en travaillant avec la derniĂšre Ă©nergie, l’on ne fait qu’obtenir la vĂ©ritable occasion de s’étonner de Dieu » Ibid. Peut-on dire de maniĂšre plus sublime que la mort est le stimulant de la vie et qu’il est possible de dĂ©finir une grandeur de l’homme absurde ? Si ce n’est pas celle que professe Kierkegaard, c’est Ă  coup sĂ»r celle de Camus pour qui la vie est un exercice de dĂ©tachement et de passion qui consomme la splendeur et l’inutilitĂ© d’une vie d’homme » Le mythe de Sisyphe 1942. Camus demande d’imaginer Sisyphe heureux. Je laisse Sisyphe au bas de la montagne ! On retrouve toujours son fardeau. Mais Sisyphe enseigne la fidĂ©litĂ© supĂ©rieure qui nie les dieux et soulĂšve les rochers. Lui aussi juge que tout est bien. Cet univers dĂ©sormais sans maĂźtre ne lui paraĂźt ni stĂ©rile, ni futile. Chacun des grains de cette pierre, chaque Ă©clat minĂ©ral de cette montagne pleine de nuit, Ă  lui seul forme un monde. La lutte vers les sommets suffit Ă  remplir un cƓur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux ». V DĂ©passement. Le temps, dont la nature est d’ailleurs pour nous une Ă©nigme, n’est en soi ni un alliĂ© ni un ennemi. Il est l’étoffe de notre existence dans la mesure oĂč la maniĂšre d’ĂȘtre fondamentale de l’existant est de se projeter vers ce qui n’est pas encore en se souvenant de ce qui fut. C’est que notre Ăąme est capable de distension, disait St Augustin, de rĂ©tention du passĂ©, de protention vers l’avenir et d’attention au prĂ©sent. Dans cette capacitĂ© se joue ce que le temps a de pire et de meilleur pour nous. Mais ce qui en dĂ©cide, c’est en dĂ©finitive notre maniĂšre d’ĂȘtre en situation par rapport Ă  lui. L’impatience du dĂ©sir voudrait le rĂ©trĂ©cir et pourtant il faut bien attendre que le sucre fonde. La nostalgie voudrait le retenir et pourtant inĂ©luctablement il nous Ă©loigne de ce qui fut. Son coefficient d’adversitĂ© ou de positivitĂ© n’est donc pas en lui, il est en nous car il dĂ©pend de notre folie ou de notre sagesse. Folie du dĂ©sir qui s’illimite, aspire Ă  l’éternitĂ©, refuse la loi du rĂ©el car en refusant le devenir, l’irrĂ©versibilitĂ©, la finitude, on se condamne Ă  consacrer son impuissance. La sagesse consiste Ă  comprendre qu’il n’y a d’ĂȘtre que de ce qui devient, que l’éternitĂ© dont nous faisons l’expĂ©rience en tant qu’ĂȘtres pensants est moins la preuve de notre appartenance Ă  l’intemporel qu’une production propre Ă  la temporalitĂ© elle-mĂȘme, qui serait capable, en l’ĂȘtre humain, de projeter l’horizon de son propre dĂ©passement » F Dastur, La mort, Essai sur la finitude, Hatier, p. 4. Il dĂ©pend donc de nous de faire de ce devenir le cadre de notre libertĂ©, de la crĂ©ation individuelle et collective, du courage d’affirmer, mĂȘme si c’est absurde, notre dignitĂ© d’homme et l’infinie reconnaissance d’avoir Ă©tĂ© jetĂ© dans le temps, un temps hors duquel nous ne serions sans doute rien. Conclusion La question Ă©tait de savoir si le temps est notre alliĂ© ou notre ennemi. Au terme de cette rĂ©flexion, on peut dire qu’il n’est par nature ni l’un ni l’autre. Il est ce que l’homme dĂ©cide qu’il soit. Partager Marqueursdevenir, Ă©ternitĂ©, ĂȘtre, existence, finitude, irrĂ©versibilitĂ©, justice, mort, pardon, regret, remords, responsabilitĂ©, ressentiment, temporalitĂ©, temps AccueilCOMMENTAIRES L'AIR DU TEMPS «Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.» (Paul VALERY) L'AIR DU TEMPS «Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.» (Paul VALERY) Par. BM. Sidwaya - 3 novembre 2019. Facebook. Twitter. Pinterest. WhatsApp. Linkedin. Email. Print.
CHRISTELLE ENAULT SĂ©ries d'Ă©tĂ© Les religions ne meurent jamais vraiment PubliĂ© le 22 aoĂ»t 2021 Ă  01h54 - Mis Ă  jour le 24 aoĂ»t 2021 Ă  15h41 RĂ©servĂ© Ă  nos abonnĂ©s RĂ©cit Les religions ne meurent jamais vraiment » 1/6. A l’instar des civilisations, l’histoire regorge d’exemples de cultes autrefois tout puissants puis rĂ©duits Ă  nĂ©ant. Mais le phĂ©nomĂšne religieux semble, lui, toujours bien vivant. Egypte, Egypte, il ne restera de tes pratiques religieuses que des histoires et, pour tes descendants, elles seront sans crĂ©dibilitĂ©. » Cette prophĂ©tie consignĂ©e dans l’AsclĂ©pius latin – un manuscrit rĂ©digĂ© aux alentours du IVe siĂšcle, Ă  l’époque oĂč l’Egypte se trouvait sous la domination de Rome – annonce en rĂ©alitĂ©, avec une implacable luciditĂ©, le devenir tragique de la plupart des religions. Alors qu’elles se prĂ©sentent comme dĂ©positaires de l’éternitĂ© des mondes, elles ne sont pourtant pas Ă©ternelles. Paul ValĂ©ry l’écrivait au sortir de la premiĂšre guerre mondiale Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous sentons qu’une civilisation a la mĂȘme fragilitĂ© qu’une vie. » Telle est la leçon de l’histoire mĂȘme les empires les plus puissants – celui des Perses, celui des Romains – n’ont su rĂ©sister aux assauts ou Ă  l’usure du temps. Lire le reportage En Iran, sur les traces de l’Empire perse Ce constat peut bien sĂ»r s’appliquer aux religions. A ce titre, exhumer la mĂ©moire des croyances tombĂ©es dans les oubliettes de l’humanitĂ© rĂ©sonne comme une invitation Ă  questionner nos propres certitudes. A l’époque de Babylone la superbe, joyau du dieu Mardouk, qui aurait devinĂ© que cette merveille du monde deviendrait la grande prostituĂ©e » de l’Apocalypse de Jean ? Et, Ă  l’époque oĂč le paganisme Ă©tait la religion officielle d’un Empire romain triomphant, qui aurait pariĂ© sur son interdiction prochaine, au profit du christianisme jadis assimilĂ© Ă  une subversive superstition ? Lire aussi Paul Veyne Constantin, l'inventeur de la chrĂ©tientĂ© De fait, chaque croyant pense que sa religion ne va jamais mourir, qu’elle va durer pour toujours, que ce sont les religions des autres qui vont disparaĂźtre », relĂšve l’historienne Anne Morelli, qui a codirigĂ©, avec Jeffrey Tyssens, un ouvrage sur ce thĂšme Quand une religion se termine
 Facteurs politiques et sociaux de la disparition des religions, EME Editions, 312 pages, 31 euros. Or, poursuit la professeure honoraire Ă  l’UniversitĂ© libre de Bruxelles, la religion est un phĂ©nomĂšne vivant. A ce titre, elle a naturellement une naissance, une phase d’épanouissement et une fin. Lorsque le dĂ©clin se manifeste, des mĂ©canismes communs sont gĂ©nĂ©ralement Ă  l’Ɠuvre ». DiscrĂšte rĂ©sistance Parmi eux, le politique joue un rĂŽle prĂ©pondĂ©rant. Il est bien Ă©vident que lorsqu’il dĂ©cide de faire du christianisme sa religion personnelle, en 312, l’empereur Constantin change drastiquement le cours de l’histoire. Un des principes pouvant expliquer la disparition d’une religion, processus complexe et multifactoriel, rĂ©side dans l’installation d’un nouveau mouvement qui tient progressivement lieu de pĂŽle religieux de rĂ©fĂ©rence », analyse Vincent Mahieu, docteur en histoire des religions, dans le mĂȘme livre. Les hommes se convertissent, les bĂątiments Ă©galement. C’est ainsi que le PanthĂ©on de Rome, dĂ©diĂ© autrefois Ă  toutes les divinitĂ©s paĂŻennes, devient chrĂ©tien. Il vous reste de cet article Ă  lire. La suite est rĂ©servĂ©e aux abonnĂ©s.
Le« choc des civilisations » « Le choc des civilisations » : voilà une formule que, depuis le 11 septembre 2001, nous avons lue dans tous les journaux, entendue ou proférée dans tous les cafés du commerce. Une formule à la fois puissante
Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d’empires coulĂ©s Ă  pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins; descendus au fond inexplorable des siĂšcles avec leurs dieux et leurs lois, leurs acadĂ©mies et leurs sciences pures et appliquĂ©es, avec leurs grammaires, leurs dictionnaires, leurs classiques, leurs romantiques et leurs symbolistes, leurs critiques et les critiques de leurs critiques. Nous savions bien que toute la terre apparente est faite de cendres, que la cendre signifie quelque chose. Nous apercevions Ă  travers l’épaisseur de l’histoire les fantĂŽmes d’immenses navires qui furent chargĂ©s de richesse et d’esprit. Nous ne pouvons pas les compter. Mais ces naufrages, aprĂšs tout, n’étaient pas notre affaire. Elam, Ninive, Babylone Ă©taient de beaux noms vagues, et la ruine totale de ces monde avait aussi peu de signification pour nous que leur existence mĂȘme. Mais France, Angleterre, Russie
 ce seraient aussi de beaux noms. Lusitania aussi est un beau nom. Et nous voyons maintenant que l’abĂźme de l’histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu’une civilisation a la mĂȘme fragilitĂ© qu’une vie. Les circonstances qui enverraient les oeuvres de Keats et celles de Baudelaire rejoindre les oeuvres de MĂ©nandre ne sont plus du tout inconcevables elles sont dans les journaux. » Paul ValĂ©ry, La Crise de l’esprit Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. L’ayant lue une fois par hasard ou, peut-ĂȘtre, l’ayant entendu citer par un de mes professeurs, j’ai conservĂ© cette phrase dans un coin obscur de ma mĂ©moire ; lorsque je commençai Ă  m’interroger sur l’inquiĂ©tante pĂ©riode historique que nous vivons aujourd’hui, elle a resurgi aussitĂŽt. C’est par elle, je l’ai dĂ©jĂ  dit, que je suis remontĂ© aux trois textes dont il s’agit ici. Cette formule exprime en effet parfaitement un sentiment largement rĂ©pandu alors, mais qui demeurait plus ou moins latent. En d’autres termes, la formule de ValĂ©ry Ă©nonçait tout haut ce que de trĂšs nombreuses personnes sentaient confusĂ©ment ; elle objective en toutes lettres, sous les yeux mĂȘmes de ceux qui l’éprouvent un sentiment aussi profond que mal Ă©lucidĂ©. Un bel exemple de la force ambivalente du langage! Cette force est-elle un signe de pertinence Ă  tous points de vue ? SĂ»rement pas. Nous verrons qu’à l’examen, cette belle formule de ValĂ©ry pose de trĂšs gros problĂšmes d’interprĂ©tation. On doit admettre qu’une formule bien tournĂ©e et cela vaut tout particuliĂšrement dans le domaine de la publicitĂ© puisse fort bien parler» Ă  un grand nombre de personnes sans ĂȘtre pour autant une source de comprĂ©hension vĂ©ritable ; son efficacitĂ© repose sur une sorte d’illusion de sens. On croit qu’elle dit tout alors mĂȘme, en fin de compte, elle nous bluffe » simplement. Il existe donc des jeux de langage dont la propriĂ©tĂ© n’est pas de formuler une idĂ©e, mais de rendre manifeste un sentiment sans pour autant l’expliquer. Oui, c’est c’est exactement cela que je ressens! » Ce qui joue dans ce cas c’est la connotation, laquelle dĂ©pend non pas de l’auteur ou des caractĂ©ristiques internes du discours, que de la rĂ©ception qui en est faite par celui qu’elle atteint. Pour ne citer qu’un exemple, car les connotations d’un Ă©noncĂ©, si banal soit-il, sont innombrables, on pourrait dire que cette phrase peut Ă©veiller chez la personne qui la reçoit l’angoisse d’une dĂ©couverte douloureuse et dĂ©jĂ  lointaine Ses parents vont vieillir et disparaĂźtre, leur soutien n’est pas Ă©ternel
 Examinons les choses de plus prĂšs. Du point de vue rhĂ©torique, cette phrase est une personnification, voire un embryon de prosopopĂ©e une chose inanimĂ©e ou une abstraction est traitĂ©e comme un ĂȘtre vivant, douĂ© de parole dans le cas qui nous occupe. Nous autres, civilisations, 
 » En dĂ©pit de ce que nos venons de souligner, le pluriel prĂ©sente ici une certaine valeur d’information ce n’est pas LA civilisation qui s’exprime, mais l’ensemble de toutes les civilisations, passĂ©es, prĂ©sentes et Ă  venir. Nous savons maintenant 
 » Ce maintenant dĂ©signe bien le moment oĂč le texte a Ă©tĂ© Ă©crit, soit l’annĂ©e 1919. Quelque chose d’irrĂ©versible s’est produit alors et, dĂ©sormais, les choses ne sont plus et ne seront plus jamais comme avant. Le fait qu’une civilisation soit mortelle » n’est pas en soi une vĂ©ritable information. Nous savons bien, nous-mĂȘmes, lecteurs de ValĂ©ry, que les civilisations sont mortelles puisque nous avons sous les yeux les ruines de la Rome antique et les vestiges de trĂšs nombreuses civilisations disparues. Certaines nous sont relativement connues, d’autres se prĂ©sentent comme des Ă©nigmes dont la clĂ© est dĂ©finitivement perdue. Mais ce nous » englobant inclut notre propre civilisation, le milieu matĂ©riel et symbolique dans lequel nous Ă©voluons et qui nous constitue intimement ; plus encore, il nous inclut nous-mĂȘmes. Certes, ce sont les civilisations qui parlent », mais une civilisation n’est rien d’autre que la pensĂ©e commune d’une multitude d’individus en chair et en os. En gros, la guerre de 14 – 18 ne fut pas qu’une tragĂ©die commune ; elle constitue un traumatisme intime nous sommes devenus orphelins de notre propre civilisation. Mais le mot civilisation, ici, est donc livrĂ© sans que rien ne le dĂ©finisse. Nous avons le mot, rien que le mot qui nous prend un peu au dĂ©pourvu. Pour le concept, il faudra improviser avec les moyens du bord
 Mais est-ce vraiment indispensable ? Un mot, nous pouvons fort bien l’inclure dans notre discours, ou mĂȘme en faire le pivot de ce discours sans en dĂ©velopper explicitement le concept. Il ne fonctionne alors que comme un emballage vide, une Ă©tiquette qui ne renvoie en fin de compte qu’à elle-mĂȘme. Mais il nous faut maintenant conclure, en esquissant les Ă©tapes prochaines de notre exploration. 1. Que faire avec cette notion de mort d’une civilisation, cette interprĂ©tation brutale, donnĂ©e d’entrĂ©e de jeu, cette phrase qui touche Ă  l’évidence un point sensible, qui sonne » vrai, mais dont nous ne distinguons pas toutes les implications ? Si une guerre survenue il y a un siĂšcle marque la fin d’une civilisation, qu’en est-il de nous, si longtemps aprĂšs ? Quelle est cette civilisation perdue ? Et lorsque meurt une civilisation, est-elle aussitĂŽt remplacĂ©e par une autre ? Ou alors ce terme de civilisation n’est-il qu’un leurre, de bout en bout, une identitĂ© fictive qu’une sociĂ©tĂ© s’attribue, un produit de l’imaginaire collectif ? On peut certes se demander si cette interrogation est pertinente. Accordons-nous simplement l’hypothĂšse suivante le caractĂšre chaotique du prĂ©sent siĂšcle, la montĂ©e des pĂ©rils, l’accĂ©lĂ©ration de processus extrĂȘmement puissants et hors de tout contrĂŽle ne posent-ils pas la question des catĂ©gorie qui prĂ©sident au dĂ©veloppement de l’humanitĂ©, du sens de notre prĂ©sence ici-bas ? 2. D’entrĂ©e de jeu, nous avons butĂ© sur la question du langage. Avec le mot civilisation » nous avons effleurĂ© cette idĂ©e que l’usage des mots est toujours problĂ©matique et, pour reprendre des catĂ©gories ici plus lacaniennes que saussuriennes, que le rapport entre signifiant et signifiĂ© n’est pas Ă©lucidĂ©. Comment se fait-il que des signifiants quasiment inconsistants puissent nĂ©anmoins agir puissamment ? Comment se fait-il que nous puissions user si efficacement de mots quasiment dĂ©pourvus de concepts ? Pour ma part, disons-le carrĂ©ment, je n’ai jamais rĂ©ussi Ă  comprendre le fonctionnement du langage, en dĂ©pit de toutes ses Ă©vidences ! Par quel mystĂšre un simple assemblage de signifiants peut-il fonder la transmission d’une pensĂ©e d’un sujet Ă  un autre ? Comment se fait-il qu’un discours puisse avoir du sens ? C’est cette interrogation qui me fait douter de toute prĂ©tention philosophique que ne lĂ©gitimerait pas une sĂ©vĂšre critique du langage.
Ouvrage Vous autres, civilisations, savez maintenant que vous ĂȘtes mortelles. De la contre-utopie; Pages: 9 Ă  30; Collection: Études de littĂ©rature des xx e et xxi e siĂšcles, n° 96; Autres informations ⼟ ISBN: 6-9; ISSN: 2260-7498; DOI: 10.15122/isbn.978-2-406-10756-9.p.0009; Éditeur: Classiques Garnier; Mise en ligne: 29/03/2021; Langue: Français; Chapitre 30 juillet 2011 6 30 /07 /juillet /2011 0947 Un lecteur a laissĂ© un commentaire sur le post prĂ©cĂ©dent, dont la pertinence est telle qu'elle me parait mĂ©riter une rĂ©ponse dĂ©taillĂ©e en post principal. Je me permets d'en recopier les passages pertinents Gilles et skept J'ai trouvĂ© sur ce site depuis peu quelques personnes que je comprends enfin et qui pensent, comme moi, que l'Ă©puisement des Ă©nergies fossiles qui est certain Ă  Ă©chĂ©ance connue est probablement un problĂšme plus urgent et plus mobilisateur que le RCA qui reste complexe Ă  comprendre. Alors que les lois de la physique et un esprit raisonnablement cartĂ©sien nous pousserait Ă  l'inverse. [ SIC la suite du commentaire me laisse penser que mon estimĂ© lecteur s'est un peu mĂ©langĂ© les pinceaux, il voulait dire probablement le contraire.... "comme nous y pousserait les lois de la physique et un esprit raisonnablement cartĂ©sien ..! ] Alors j'en profite, et j'aurais quelques questions Ă  vous poser qui me tracassent depuis un moment sans que personne, dans mon entourage, ne comprenne mĂȘme de quoi je parle alors y rĂ©pondre,... pouvez vous m'aidez Ă  Ă©claircir mes idĂ©es ? 1Pourquoi, Ă  votre avis, cet emballement politico-mĂ©diatique mondial sur le C02 et cette quasi "omerta" sur le Peak-Oil un peu moins depuis 1 an toutefois ? alors mĂȘme que la physique et un esprit raisonnablement cartĂ©sien nous pousserait au contraire 2Une question plus technique et moins cruciale que la 1°. Il semble y avoir sur ce blog une flopĂ©e de scientifiques, j'aimerai avoir leur avis sur la thĂ©orie de Svensmark Ă  propos de l'influence des rayonnements cosmiques sur la formation de nuages et donc sur le climat, la thĂ©orie est trĂšs "poĂ©tique" voire sĂ©duisante, Svensmark semble sĂ©rieux et compĂ©tent, mais je suis un peu mĂ©fiant vis Ă  vis de ses principaux promoteurs. Tient elle la route d'un point de vue scientifique ? .... Tout d'abord, Hema, comme on dit couramment Bienvenue au club ! Je vais d'abord rĂ©pondre rapidement Ă  l'hypothĂšse de Svensmark, qui a supposĂ© que l'activitĂ© solaire pouvait influencer la Terre en modulant le flux de rayonnement cosmiques frappant l'atmopshĂšre, ce qui changerait sa nĂ©bulositĂ© le mĂ©canisme Ă©tant donc assez complexe et loin de la simple augmentation de la puissance solaire actvitĂ© solaire-> plus grand champ magnĂ©tique-> moins de cosmique->moins de nuages-> plus de rayonnement arrivant au sol je n'ai pas d'avis a priori sur cette hypothĂšse; c'est une hypothĂšse Ă  Ă©tudier scientifiquement comme les autres. La critique principale est qu'il ne semble pas que les nuages soient influencĂ©s tant que ça par les rayons cosmiques, et de plus, les nuages peuvent avoir un effet inverse suivant leur composition et leur altitude, ils peuvent bloquer le rayonnement incident mais aussi augmenter l'effet de serre quand le ciel se couvre, il fait plus frais, mais une nuit nuageuse est moins froide qu'une nuit claire ! Mais il faut faire un certain nombre d'Ă©tudes complĂ©mentaires, dont l'expĂ©rience CLOUD, pour en ĂȘtre sĂ»r. On dĂ©couvrira peut etre aussi un autre phĂ©nomĂšne voisin mais diffĂ©rent dont on ne se doutait pas, ça arrive.... D'une façon gĂ©nĂ©rale, ces questions sont du ressort des climatologues, et je ne prĂ©tends pas l'ĂȘtre. L'avis que je donne ici est juste mon impression sur la "qualitĂ© gĂ©nĂ©rale" des preuves fournies, mais je respecte le travail des climatologues ayant Ă©tabli les faits dont il est question. Je suis Ă©galement assez mĂ©fiant vers les explications "c'est le Soleil", "c'est le mouvement des planĂštes", etc.. mon avis Ă©tant plutot qu'on donne trop confiance Ă  des explications dĂ©terministes par rapport Ă  la variabilitĂ© naturelle. Sur la question importante du "pourquoi", c'est Ă©galement une question que je me suis souvent posĂ©e. A priori, les deux crises, Ă©nergĂ©tiques et climatiques, jouent un rĂŽle comparable et devraient au moins le mĂȘme impact, mais en rĂ©alitĂ©, comme dit Hema, "les lois de la physique et un esprit cartĂ©sien" nous poussent Ă  donner un poids bien plus considĂ©rable Ă  l'effet des sources Ă©nergĂ©tiques sur notre sociĂ©tĂ© qu'aux variations climatiques. Toutes les corrĂ©lations connues montrent que le niveau de vie et les indicateurs humains pas seulement le PIB sont corrĂ©lĂ©s positivement Ă  la consommation Ă©nergĂ©tique, et ont peu Ă  voir avec la tempĂ©rature. On peut imaginer un seuil oĂč la variation climatique serait catastrophique, mais ce ne sont que des supputations tirĂ©es de thĂ©ories et de modĂšles informatiques compliquĂ©es, d'interprĂ©tation de donnĂ©es incertaines, alors que l'association entre sources d'Ă©nergie et niveau de vie est claire, Ă©vidente, historiquement, gĂ©ographiquement, et Ă©conomiquement clairement visible et incontestable. PrĂ©coniser de rĂ©duire les fossiles pour Ă©viter un changement de climat revient Ă  considĂ©rer qu' il est bien plus probable que nous sachions nous passer de fossiles plutot que nous sachions faire face aux consĂ©quences climatiques qu'ils produisent. Or cette assertion n'a strictement rien d'une Ă©vidence ! il ne s'agit pas ici de prouver qu'elle est fausse, il s'agit de s'interroger sur les bases sur lesquelles autant de gens l'adoptent comme une Ă©vidence, alors qu'il n'y a aucun fait clair qui le montre. De la mĂȘme façon que la question n'est pas de savoir si Dieu existe , mais de savoir pourquoi autant de gens y croient sans preuve, et de plus, curieusement, la plupart du temps sous la forme qui existe dans la sociĂ©tĂ© autour d'eux et pas sous la forme de ceux d'Ă  cĂŽtĂ© le trait le plus intrigant dans la religion n'est pas seulement la croyance, mais l'autocorrĂ©lation spatiale de cette croyance . C'est d'autant plus Ă©trange que non seulement il n'y a aucun fait qui le montre, mais que dans les pratiques Ă©conomiques, tout montre exactement le contraire. A commencer par le fait que nous cherchons constamment Ă  exploiter de nouvelles ressources fossiles, de plus en plus chĂšres et difficiles d'accĂšs, ce qui n'a aucun sens logique si la proposition prĂ©cĂ©dente est vraie, mais est totalement sensĂ© si elle est fausse. Bref le discours public AFFICHE une croyance et AGIT en fonction de la croyance inverse. Petit parallĂšle avec la religion on peut remarquer que beaucoup de reprĂ©sentants officiels de religions pronant en gĂ©nĂ©ral la simplicitĂ© et la pauvretĂ© volontaire n'ont pas rĂ©ellement agi comme si ils y croyaient eux-mĂȘmes ... Donc nous revenons Ă  la question d'Hema mais pourquoi afficher et "croire" la plupart du temps trĂšs sincĂšrement, lĂ  encore comme pour les religions autant Ă  une proposition si peu en rapport avec les faits connus, en en minimisant d'autres si Ă©videntes ? L'explication que je propose est qu'il y a une diffĂ©rence entre les deux dangers. Le danger Ă©nergĂ©tique, si nous ne savons pas le rĂ©soudre, est finalement mortel pour notre sociĂ©tĂ©. Si nous ne savons pas remplacer les fossiles, notre sociĂ©tĂ© s'Ă©teindra inexorablement, sous sa forme actuelle. Je ne parle pas du tout de disparition de l'humanitĂ©, je parle de la disparition du mode de vie qui caractĂ©rise la sociĂ©tĂ© moderne. Il porte donc en germe une idĂ©e insupportable, celle de la vieillesse et de la mort, une idĂ©e qui nous hante bien sĂ»r personnellement au cours de notre propre vie et que nous avons du mal Ă  admettre. Pire, il n'y a aucune morale derriĂšre ça. Ce n'est la faute de personne si les gisements s'Ă©puisent , ce sont des ressources finies, c'est tout. On pourrait ne plus les extraire, mais ça revient Ă  hĂąter la fin Ă  laquelle nous cherchons Ă  Ă©chapper. Il n'y a pas d'Ă©chappatoire. le danger Ă©nergĂ©tique nous met en face du tragique de l'existence humaine. Le danger climatique, lui , est bien diffĂ©rent. Nous y jouons un tout autre rĂŽle. Nous jouons un double jeu, doublement actif et non passif nous nous voyons comme la CAUSE principale de ce probleme, mais aussi comme le REMEDE potentiel. Nous sommes Ă  la fois une menace, et possiblement des hĂ©ros pouvant l'Ă©viter. Dans les deux cas, nous sommes maĂźtres de notre destin. MĂȘme notre caractĂšre menaçant flatte notre ego par notre capacitĂ© de nuisance - elle flatte notre illusion de toute puissance; le changement climatique met inconsciemment en scĂšne les histoires que nous aimons, les histoires de bons et de mĂ©chants, de Dr Jekyll et Mr Hyde, de Dark Vador et de Luke Skywalker. Elle parle Ă  notre inconscient. elle nous met au centre actif de l'histoire. Il est d'ailleurs frappant qu'une partie importante de la communautĂ© "piquiste" a developpĂ© une philosophie "survivaliste", ce qui permet de 'redramatiser" l'histoire. Le peak oil est alors perçu comme une catastrophe soudaine, plongeant le monde dans le chaos, un monde Ă  la Mad Max. LĂ  encore, cette mise en scĂšne permet de s'identifier au hĂ©ros solitaire, seul contre les Ă©lĂ©ments hostiles, et redonne une gratification narcissique Ă  notre individu si nous ne sommes pas capables de sauver la sociĂ©tĂ©, alors au moins, qu'on nous donne un rĂŽle qui nous permette de nous sauver nous-mĂȘmes ! Cependant, en gĂ©nĂ©ral, les gens prĂ©fĂšrent de beaucoup penser que nous trouverons des solutions techniques Ă  l'Ă©puisement des fossiles, mais qu'il ne tient qu'Ă  nous de le faire. D'oĂč la floraison dans l'esprit du public de toutes ces croyances Ă  l'existence de "solutions miracles" souvent inventĂ©es par des inventeurs gĂ©niaux et solitaires, persĂ©cutĂ©s par de grandes compagnies pĂ©troliĂšres et des Ă©tats accapareurs de taxes sur les carburants ..., et une tonalitĂ© gĂ©nĂ©rale du "si on veut on peut" dans tous les discours publics. Nous n'aimons pas qu'on nous dise que nous vieillissons, et encore moins que nous allons mourir, alors que ce sont deux certitudes incontestables. Seul le discours climatique nous permet de mettre en scĂšne les histoires que nous aimons nous raconter. Peut ĂȘtre faudrait-il changer la phrase de Paul ValĂ©ry "Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles", en "Nous autres, civilisations, nous ne savons toujours pas que nous sommes mortelles " ... ???? Published by climatenergie - dans SociĂ©tĂ© Surles pas de Paul ValĂ©ry -"nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles"-, RĂ©gis Debray prend la civilisation occidentale comme objet d'Ă©tude. Non pas pour une grande fresque historique et transversale mais pour l'Ă©tude des germes de sa croissance sur la terre d'AmĂ©rique, de ses cousinages et mĂ©tissages avec l'Europe, et de son retour, que certains Home/citation/Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. ValĂ©ry Paul Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes de Paul ValĂ©ryPaul ValĂ©ry Autres citations Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. ValĂ©ry Paul Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes ICitations de Paul ValĂ©ryPaul ValĂ©ry Autres citations T5JTZ6.